Zipang — Kaiji Kawaguchi

Résumé :

« Zipang présente l’histoire d’un bâtiment de la marine japonaise à la pointe de la technologie en armement notamment. Alors que le vaisseau est dépêché en Amérique du Sud pour assurer la sécurité de ressortissants japonais, il se retrouve pris dans une dépression climatique étrangement importante. Le bateau va alors se retrouver soudainement en 1942, en pleine guerre du Pacifique !
Tout l’équipage devra donc faire face à ce dilemme : participer ou non au conflit avec toutes les conséquences que cela suppose. »

Fiche technique :

Auteur : Kaiji Kawaguchi
Éditeur : Kana
Prix : 7,45 € par tome.

Zipang, vous devez être assez nombreux à avoir au moins entendu parler de manga. Que cache ce titre étrange ?

Zipang, vient du terme Jipangu dérivé du Chinois et voulant dire Japon en terme « antique ».

Ce manga de Kaiji Kawaguchi a été publié initialement par Kōdansha dans Weekly Morning entre 2000 et 2009, il a ensuite été compilé en 43 tomes. En France c’est Kana qui s’est chargé de la publication. Ils sont allés au bout de la série malgré des ventes plus que décevantes dans l’hexagone. Kawaguchi n’a jamais connu de grosse vente en France. Ces mangas généralement politisés sont à mille lieues de ce qui se vend auprès du grand public.

Je préviens d’avance que cette chronique risque de contenir quelques spoilers puisqu’elle survole 43 tomes.

Donc un destroyer japonais — le Mirai (une sorte de classe Kongo très améliorée) — se fait « isoter » dans le pacifique la veille de la bataille de Midway (POD très proche du film Nimitz, retour vers l’enfer). Incrédules, les membres de l’équipage se demandent d’abord comment ils vont rentrer chez eux, puis se mettent d’accord pour ne pas influencer le cours de l’histoire. Ils voient donc les porte-avions japonais se faire anéantir à Midway. Mais dans la nuit qui suit, un hydravion de l’IJN se crash à proximité du Mirai. Kodamastu, le commandant en second du Mirai décide de sauver son occupant. Une fois réveillé, ce dernier constate qu’il est à bord d’un navire bien étrange et demande des explications. Kodamatsu lui en fourni et lui donne accès aux archives historiques du monde dont il vient.

Dès lors, cet homme – Kusaka — va vouloir changer l’histoire et assurer un avenir au grand Japon. Kodamatsu va tout faire pour l’en empêcher. Mais rapidement d’autres voix se font entendre dans l’équipage. Certains, à défaut de faire gagner la guerre à l’Empire, veulent persuader le Japon de réduire sa ligne de front et limiter les pertes en attendant de trouver une issue à la guerre. Parmi les personnages historiques partisans de cette option Yamamoto, Yonai, Kido.

Kusaka va se procurer de l’uranium et trouver un scientifique capable de fabriquer une bombe A grâce aux infos qu’il a obtenues dans les archives du Mirai. Trop lourde pour être aérotransporté, elle est chargée à bord du Yamato.
Pendant ce temps les USA ont reconquis le pacifique central sans difficulté puisque le Japon s’est retiré. L’objectif suivant c’est les îles Mariannes, car dans quelques semaines les premiers escadrons de B-29 seront opérationnels et pourront bombarder le Japon.
Yamamoto partisan de la paix est mort à Rabaul, mais différemment d’OTL, les partisans de la paix sont donc affaiblis.
C’est donc dans les Mariannes que l’IJN va affronter l’USN. Mais Kusaka et ses complices vont prendre le contrôle du Yamato pour attaquer la flotte américaine et la détruire dans une explosion nucléaire. Le but est que les Américains jettent l’éponge et négocient une fin de conflit avec le Japon.
Chez les Américains, certains savent que quelques choses d’anormal se trame, le Mirai qui a affronté l’US Navy a plusieurs reprises à soulever des interrogations autant sur sa technologie d’avant-garde que sur ses intentions.
Le Mirai intervient alors pour arrêter le Yamato et éviter des pertes terribles.
Le Yamato sombre, mais sa bombe A détonne. Les Américains comprennent l’avertissement. Le Mirai est détruit lors des combats et son équipage est mort. Seul Kodamatsu a survécu, mais cet homme est un fantôme, car dans cette chronologie altérée son père, encore enfant à l’époque, est mort renversé par une voiture.

Le dernier tome nous montre le monde alternatif des années 2000. Le Japon et les USA ont signé la paix peu après les évènements des Mariannes. Le Japon est resté agiter par le nationalisme pendant de longues années, car le « miracle économique » n’a pas été aussi fulgurant qu’OTL. On apprend que Kodamatsu a servi de conseiller aux USA pour les guider dans les décennies suivantes et est devenu l’un des hommes les plus riches du monde, même si personne ou presque ne sait à quoi il ressemble. Kikuchi, l’homme qui le secondait (et son meilleur ami) qui se trouvait au Japon au moment de la bataille finale semblent en avoir fait autant avant de mourir dans d’étranges circonstances. Est-il réellement mort ?

Des tensions existent toujours entre les USA et le Japon ou comme OTL (voir plus) se trouvent encore des nationalistes. On ne connait pas trop le sort du reste du monde, ni ce qui s’est passé pendant la guerre froide, mais Kikuchi et Kodamatsu étant plutôt pacifiste, je pense que la guerre froide a dû être plus calme qu’OTL.

Ce monde semble un compromis entre les idéaux de Kusaka et Kodamatsu. Le Japon prospère et n’est plus une dictature totalitaire et surtout n’a pas eu à subir les millions de morts d’OTL.

Le livre s’achève alors qu’un destroyer appelé Mirai prend la mer comme à l’époque dont vient Kodamatsu. Tout l’équipage est là sauf lui, puisqu’il n’est pas né.

J’ai beaucoup aimé ce manga, certains tomes sont conclus par des mini-dossiers historiques donnant des informations sur l’époque ou sur certains navires et matérielles. L’un des tomes comprend un chapitre bonus ou l’on voit l’idéaliste Kodamatsu lors de sa première assignation sur un navire des JMSDF au moment du tremblement de terre de Kobe.

Le dessin de Kawaguchi et son équipe est superbe (la plupart des mangakas ont des assistants), notamment les navires et avions. L’époque ainsi que les intrigues politiques sont très bien racontées. Au final, il y a assez peu de scène de bataille, car elles servent de catalyseurs pour confronter et mettre à mal les idéaux des personnages notamment ceux qui viennent du futur, souvent pris de vitesse par les évènements et qui finiront par s’opposer sur la façon d’utiliser leur savoir et leur puissance.

Le personnage de Kusaka est incroyable, il analyse la situation géopolitique en Asie avec une acuité redoutable qui lui permet de compter constamment plusieurs temps d’avance sur les hommes du Mirai, condamnés à subir son initiative sur plusieurs fronts.

Le premier défaut de ce manga est sa longueur. La partie qui tourne autour de la bataille des Mariannes dure grosso modo 10 tomes, ce qui amène des longueurs. Je pense qu’avec quelques coupes un rythme plus élevé l’histoire tiendrait en 35 tomes.

Le deuxième, c’est que bien que l’histoire montre que le nationalisme ne résoudra pas les problèmes du Japon, il n’y a aucun passage critiquant ou montrant les crimes de guerre japonais, mis à part un passage où les hommes du Mirai sont aux mains de la Kenpeitai.

Les 6 premiers tomes ont été adaptés en un animé de 26 épisodes. Pas indispensable, mais de bonne qualité et fidèle au manga.

C’est donc un très bon manga, qui souffre de quelques longueurs et qui passe malheureusement les crimes de guerre japonais sous silence. Vu le peu de ventes en France, vous aurez surement du mal à le trouver d’occasion à un prix abordable. Ça reste un très bon manga et une très bonne uchronie même si le POD est ASB.

4 commentaires sur “Zipang — Kaiji Kawaguchi

  1. Je confirme que pour trouver les derniers tomes, c’est la galère, c’est un comble pour une histoire de destroyer et de cuirassé. Si je connais la fin par les résumés et les sites sur le net, je n’ai pas tout pas eu l’occasion de lire en format papier le dernier tiers de cette saga.
    Petite question, l’acronyme ASB veut dire quoi ?

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    1. Pour les acronymes liés à l’uchronie, je te renvoie ici: https://blogconstellations.home.blog/2019/04/08/petit-glossaire-de-luchronie/
      Pour ASB (Alien Space Bat), ça qualifie les POD scientifiquement impossibles ou pas réaliste telle que les personnages, véhicules ou territoires qui se téléportent à une autre époque.
      Bon courage pour trouver les derniers tomes d’occasion. J’avais essayé de trouver les manga « The Silent Service » du même auteur, mais bien plus anciens. Les prix étaient absolument inabordables.

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