Chernobyl — HBO

Fiche technique :

Network : HBO, Sky Atlantic
Réalisateur : Johan Renck
Scénariste : Craig Mazin
Producteur : Craig Mazin
Acteurs principaux : Jarred Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson
Bande originale : Hildur Guðnadóttir

Vous l’aurez deviné rien qu’au titre, cette série TV parle de la catastrophe nucléaire d’avril 1986. Le projet avait apparemment été annoncé en 2017, j’étais totalement passé à côté. Et voilà qu’au printemps 2019 la bande-annonce tombe et croise mon écran le jour même. Comme vous pourrez le juger sur la vidéo ci-dessous, la série s’annonce sombre et effrayante, mais les acteurs et le visuel s’annoncent top.

Débute pour moi une attente de plusieurs semaines, ou je revisionne le trailer à plusieurs reprises. Pour ma part j’ai le plaisir d’y retrouver Jarred Harris qui m’avait déjà impressionné dans une autre minisérie : The Terror (AMC).

Le jour où j’attaque mon visionnage, Chernobyl devient officiellement la série la mieux notée sur IMDB. Mon visionnage me fait comprendre pourquoi. Cette série est monumentale, intense, terrifiante. Après Band of Brothers, Pacific, Games of Thrones : il n’y a pas dire HBO sait régulièrement sortir des miniséries de très haut niveau.

Cette série de seulement 5 épisodes est écrite et produite par Craig Mazin et réalisée par Johan Renck. Vous ne les connaissez pas ? Normal, personne (ou presque) ne les connaît. Mazin était jusqu’à présent un scénariste, producteur et réalisateur de deuxième (voir troisième) zone. Quant à Renck il a réalisé quelques épisodes de série TV (dont Viking pour la plus connue) et surtout beaucoup de clips musicaux. Autant vous dire qu’avec ces deux-là aux commandes on ne s’attend pas à une série aussi exceptionnelle.

Au niveau du casting je vais citer les trois vedettes du show : Jared Harris (Valeri Legassov), Stellan Skarsgård (Boris Chtcherbina) et Emily Watson(Ulana Khomyuk). Mais même les acteurs les moins connus du casting, même les seconds rôles sont tous à la hauteur.

Comme, je vous l’ai dit le trailer annonce une série sombre, la première scène de la série le confirme : on commence par un suicide. Avant même la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Cette dernière, on la découvre au moment où elle se produit. Dès lors on plonge dans une ambiance à la fois crépusculaire, surréaliste et terrifiante. Les 3 premiers épisodes sont anxiogènes, terribles et à la limite du traumatisant. Il faut dire que quand je regarde une vraie bonne série, je me glisse littéralement dedans. Ici la réalisation donne l’échelle parfaite, on voit tout d’un point de vue humain, plongé dans une catastrophe dont l’échelle est immense et dantesque. Le travail sur le son est lui aussi exceptionnel : peu de musique, mais une musique relevant tantôt du « bruitage » terrifiant, tantôt de la complainte déprimante ou tragique. Dans d’autres scènes clés, pas de musique, mais des bruits. Dont un qui est absolument terrifiant : celui des compteurs Geiger qui crépite de manière furieuse, comme lors des dernières minutes absolument terrifiantes de l’épisode 2. Enfin, ce qui vous prend aux tripes, c’est à la fois le sacrifice involontaire des pompiers et de la population qui ne sont pas informés, la stupidité d’Anatoli Diatlov qui refuse d’admettre que le réacteur n° 4 a explosé au prétexte que c’est « impossible », l’aveuglement de l’appareil d’état soviétique et surtout le sacrifice de tous ceux qui ont travaillé sur zone. Le tout avec une impression de réalisme historique et visuel qui donne le vertige.

Je dis bien impression de réalisme, car tout n’est pas parfaitement historique ou réaliste. L’histoire du pont de la mort relève plutôt de la légende urbaine. Le crash de l’hélicoptère au-dessus de la centrale est survenu bien plus tard et pour des raisons différentes. Certains personnages se comportent comme si les radiations se transmettaient comme un virus. Et le personnage d’Ulana Khomyuk joué par Emily Watson est une invention ayant vocation à ressembler une grosse dizaine de scientifiques ayant aidé Legasov. Mais bon, on n’est pas face à un documentaire, mais une série. Des concessions sont nécessaires et elles restent ici assez rares.

L’intensité de cette série fait déjà que certains pourraient avoir du mal aller au bout, mais les âmes sensibles doivent se préparer à la vision occasionnelle de personnes victimes du syndrome d’irradiation aiguë, c’est vraiment dur à regarder, presque insoutenable (ne regardez surtout pas cette série avec des enfants). Et encore on nous épargne la vision d’Aleksandr Akimov agonisant, son état est alors résumé par une simple phrase qui glace le sang. Pour avoir vue quelques vraies images de victimes du syndrome d’irradiation aiguë de Tchernobyl et Tokaimura je peux vous dire que l’équipe maquillage a fait un travail absolument magistral.

Au-delà du côté film-catastrophe terriblement réaliste, on a donc l’horreur que vivent les volontaires et les irradiés, mais aussi l’enquête pour déterminer les causes humaines et techniques de l’accident. D’ailleurs à partir de l’épisode 4 l’intensité et l’horreur redescendent un petit peu puisqu’on se retrouve plusieurs mois après la catastrophe. Le dernier épisode, à travers le procès de Diatlov, Fomin et Brioukhanov, nous livre une explication des causes humaines et techniques et d’une accessibilité incroyable alors qu’en parallèle on revit le déroulement des minutes menant à la catastrophe. On boucle la boucle entamée au premier épisode où l’on voyait l’explosion de la centrale depuis la ville de Pripyat, cette fois-ci on est aux premières loges au pied du réacteur n° 4 et même dedans.

Étrangement, cette série a été vue comme une critique du nucléaire. Moi je la perçois plus comme un rappel : oui le nucléaire c’est très pratique, mais on est jamais à l’abri d’une erreur humaine, une faille technique, d’une faute politique et surtout du mensonge (écrire cela à une époque où le gouvernement Macron lâche de la fakenews d’état et de la « désinformation positive » est d’autant plus troublant). C’est ces trois éléments qui sont la cause de la catastrophe de Tchernobyl, ce sont aussi en partie à eux que l’on doit Fukushima. Une vague de trente mètres de haut n’était pas sensée frapper la centrale, de la même manière qu’un réacteur RBMK n’est pas supposer pouvoir exploser. Tchernobyl est encore largement minimisé par les autorités soviétiques puis russes, il n’y a eu quasiment aucun suivi des personnes exposées aux radiations. À notre époque on continue de nous dire, même en France, que nos centrales ne présentent aucun risque, pourtant rien que sur des centrales on recense 10 accidents plus ou moins graves depuis celui de Tchernobyl.

Aussi, en Russie cette série semble avoir été mal vécue, car on y critique l’appareil d’état soviétique et donc russe par héritage. Pourtant, cela est largement compensé par la mise en avant du sens du sacrifice du peuple soviétique puisque des centaines de milliers de personnes qui se sont confrontées à l’enfer sur terre, de personnes qui ont plongé dans les entrailles inondées et irradiées du réacteur n° 4, de mineurs qui ont creusé sous ce même réacteur en fusion pour installer un échangeur de chaleur. Mais bon, du coup les Russes ont annoncé qu’ils allaient rétablir la vérité avec leur propre série mettant en avant le fait que c’est la CIA qui a causé l’accident. C’est pourtant des Soviétiques qui ont mené l’enquête, tenu un procès et condamné une partie des coupables.

Quoi qu’il en soit, pour moi Chernobyl est largement la série de l’année voir de la décennie. C’est simplement la série la plus intense que j’ai vue, notamment les 3 premiers épisodes qui sont absolument hors-normes. Vous ne devez la rater sous aucun prétexte, sauf si vous êtes vraiment une âme sensible, car cette série ouvre véritablement une porte sur l’Enfer.

2 commentaires sur “Chernobyl — HBO

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s