RETEX : Retour d’expérience sur l’écriture d’Au Bord de l’Abîme, l’uchronie et l’autoédition

Attention pavé. Pas autant que le cycle 2 d’Au Bord de l’Abîme, mais plus que mes chroniques. Kobo risque d’avoir les oreilles qui sifflent, mais ce n’est pas mon problème. Je précise aussi que la partie où je parle du tome 1 date d’il y a quelques années, mais a tout de même été retravaillé.

D’abord quelques généralités que je juge importantes :

Avant d’écrire, il faut lire, lire, et lire encore. C’est un peu comme un muscle qu’on doit entraîner par beaucoup de lecture, et ensuite, par la pratique. Il ne faut pas avoir peur de se dire « ce que je viens d’écrire n’est pas terrible, je recommence ». Si votre texte ne vous plait pas, il ne va probablement pas plaire aux autres. Donc, lire, lire, lire puis écrire, écrire, écrire…

Une fois que vous avez fini un chapitre, relisez le une première fois puis laisser le reposer pendant que vous écrivez la suite. Si vous le relisez plusieurs semaines/mois après, vous allez généralement lui faire plein de petites retouches qui vont l’améliorer.

Prenez des notes, plein de notes, tout le temps. Généralement, vous écrivez sur des sujets qui vous intéressent ou vous passionnent. Vous allez donc croiser des infos utiles sur ces sujets en lisant des sites web ou magazines auxquels vous êtes abonné, en lisant un bouquin, en regardant un documentaire, en écoutant la radio… prenez des notes.

Avoir un plan global de votre histoire et de votre univers est important et très utile, mais ne vous y accrochez pas trop. Stephen King a dit qu’écrire de la fiction c’est comme une fouille archéologique, vous découvrez l’histoire au fur et à mesure de l’écriture. Pourquoi ? Parce qu’aucun plan ne survit au contact avec l’ennemi, ou au processus d’écriture. Vous pouvez faire des plans, le fait est au qu’au fur et à mesure que vous écrivez, que vous affinez vos recherches, que vous vous relisez, votre histoire va prendre un tour différent de ce que vous envisagiez initialement. Généralement ces changements sont pour le mieux.

Éviter les personnages clichés ou caricaturaux, sauf si l’intérêt du personnage en question est d’être caricatural ou cliché ; et que vous êtes prêt à assumer ce risque. George R. R. Martin a dit que le Mal ne s’annonce pas en se drapant de noir et en monologuant des plans en contemplant la lune. Le bien et le mal ne sont généralement pas affichés sur une personne (sauf bien sûr quand on porte un uniforme SS). C’est un combat qui se joue au cœur du personnage.

Évitez de vouloir impressionner le lecteur avec un langage hyper soutenu et des mots quasiment inconnus ou plus du tout utilisés. Les meilleurs auteurs sont ceux qui savent être précis et accessibles. Si le lecteur doit s’appuyer sur un dictionnaire et s’interrompre toutes les cinq pages lorsqu’il lit votre livre, vous avez déjà perdu la partie et les critiques et les chroniqueurs ne vous rateront pas non plus. Pour les mêmes raisons, quand vous utilisez des termes techniques et du jargon, expliquez-vous d’une manière ou d’une autre. Explication directement dans le texte, note de pied de page, utilisation des dialogues parce qu’un personnage n’est justement pas calé en la matière. Gardez en tête que votre livre doit rester accessible tout en étant capable si besoin d’apprendre des choses aux lecteurs.

Expérience sur le Cycle 1 d’au Bord de l’Abîme et l’uchronie en générale :

Écrivez sur ce que vous aimez et connaissez. C’est bête, mais bosser sur une histoire qui vous plait de moins en moins a de grandes chances de devenir bloquant ou de vous faire bâcler votre travail. Surtout ça va vous bouffer le moral. N’écrivez pas un livre sur les Shinobi pendant le Sengoku Jidai si vous ne connaissez rien à cette période de l’histoire du Japon.

N’ayez pas peur de poser des questions. Sur les forums spécialisés comme la FTL, AH.com ou même le FUF. Si certains ont la réponse à votre question ou un avis à donner, ils ne s’en priveront pas. En plus vous pouvez faire de belles découvertes.

Si vous ne parlez pas anglais, il est temps de vous y mettre. L’anglais est une langue plutôt facile. Et vous aurez accès à beaucoup plus de sources d’informations lors de vos recherches.

Le mieux est l’ennemi du bien. En relisant votre livre, vous allez régulièrement l’améliorer, en corrigeant des fautes ou des oublis, mais surtout en modifiant vos tournures de phrase. C’est une bonne chose de vouloir offrir la meilleure expérience possible à vos lecteurs. Mais rappelez-vous qu’à un moment ou à un autre il va falloir vous arrêter pour sortir votre livre. Le livre parfait n’existe pas.

Entourez-vous si besoin, mais restez prudent. Dans le cas des corrections il vaut mieux avoir quelqu’un sous la main. Vous connaissez votre texte par cœur, des fautes et mauvaises tournures de phrases vont forcément vous échapper. Grâce à ma femme qui n’est pas du tout le public cible de mes livres, je les aie grandement améliorés. Pourquoi je vous dis d’être prudent alors ? Parce que j’ai recruté un « Wargamer » qui devait m’aider à simuler une bataille importante du livre. Enthousiaste au début, il a sans cesse repoussé les simulations, puis a « disparu ». Cette situation, combiné à mon déménagement m’a fait perdre un mois de mon temps.

Soyez prudent dans vos annonces. J’avais annoncé une date de sortie fin 2015 au plus tard. Or les retards cités plus haut ont rendu ce délai un peu compliqué à tenir. J’ai annoncé un artbook que je n’ai pas les moyens techniques de faire comme je le voudrais pour le moment.

Expérience sur le Cycle 2 d’au Bord de l’Abîme et l’autoédition en générale :

L’avantage de l’autoédition c’est que vous avez une liberté quasi totale sur votre projet. Les seules limites sont la technique pour les plateformes de publication (nombre de page pour l’impression à la demande, taille du fichier pour certain site d’ebook) et votre capacité de travail. Plus vous êtes bosseur plus vous pouvez vous permettre d’être ambitieux.

Faites des poses. Plus votre projet est ambitieux plus il demande de travail. Les coupures de quelques jours ont deux utilités : vous reposer pour éviter que la fatigue vous fasse faire de la merde et vous changer les idées. Plus un projet demande de travail plus il risque de vous user et donc de potentiellement vous dégouter.

Pour imager ces deux premiers points, je vais vous donner quelques statistiques du cycle 2 : j’ai étalé le travail sur environs 3 ans et demi. Recherche, écriture, illustrations, assemblage, corrections, éditions finales. En résultent plus de 800 pages et plus de 200 éléments illustratifs. Il fallut que je coupe 2 ou 3 chapitres que j’avais écrits et que j’écarte certaines idées pour rester sous la contrainte technique des 820 pages pour imprimer chez KDP. Plus frustrant, la plateforme Kobo ne gère pas de fichiers de plus de 100 Mo, il est donc impossible de se procurer l’epub chez eux. Résultat de ce projet, un livre dont je suis fier, beaucoup de fatigue et une sorte de dépression post-partum durant les 15 jours suivants la sortie.

Pourquoi choisir l’autoédition d’ailleurs ? Et bien déjà la limite de vos ambitions ne dépend quasiment que de vous. Un éditeur n’aurait jamais engagé quoi que ce soit sur un univers comme Au Bord de l’Abîme. C’est non seulement des livres hors-normes, mais aussi difficiles à mettre dans des cases. L’uchronie même si elle est de plus en plus lue en France reste un genre obscur. De plus mes livres ne sont pas des romans, on est plutôt dans le domaine de la chronique historico-géopolitique. Compliqué pour un éditeur de placer ça sur le marché sans y laisser des plumes. Pourtant il y a un public puisque ceux qui se sont frottés à mes livres et qui aiment ce type d’ouvrage ont tous adoré jusqu’à présent. Toutefois, gardez en tête que c’est vraiment un risque de faire quelque chose de si « particulier », car il est plus difficile pour les lecteurs potentiels de vous trouver.

Le projet n’est terminé que lorsqu’il est publié :

Contrairement au cycle 1, j’ai annoncé la sortie alors que le texte et les illustrations étaient bouclés à 98 % et avaient déjà subi plusieurs passes de relecteur de ma part. Cela me laissait plus de 3 mois pour boucler les dernières pages, faire une relecture finale avec ma femme avant d’enfin assembler le livre puis entamer le processus de publication. C’est ces toutes dernières étapes qui m’ont le plus usé alors que le projet était « terminé ». Pour que le contenu reste sous les 820 pages tout en gardant une mise en page correcte il fallut fignoler la mise en page encore et encore. Alors que je pensais avoir terminé, la publication posait encore de problème. D’abord chez KDP, puisque d’après leur service, le texte et les images débordaient des marges minimales autorisées pour l’impression. Je leur ai pourtant prouvé par A+B que mes marges étaient bonnes, mais le fichier ne collait pas dans leur système. Il a fallu passer sur un fichier pour impression « à fond perdu », donc changer les dimensions des pages et des marges et corriger la mise en page en conséquence. Pour être sûr que leur logiciel de traitement ne modifie rien, j’ai soumis un fichier PDF. C’est un format figé dont leur système ne créera pas de décalage dans la mise en page ou des sauts de lignes/pages comme il peut le faire parfois avec du .doc ou .docx.

D’autres problèmes ont en suites surgi chez Kobo et la lenteur de réponse de leurs supports n’a pas aidé. Impossible d’uploader le fichier sur leur plateforme et donc de convertir en epub. Après contact avec leur support je découvre qu’il ne faut pas que le fichier dépasse les 100Mo, un poids absolument ridicule. La « solution » proposée est alors d’enlever les images de mon manuscrit ce qui évidemment le dénaturerait totalement. On me répète alors qu’il est impossible pour leur système de convertir un fichier aussi gros (380 Mo) en epub. Étrangement j’ai réussi à faire cette conversion en deux cliques et quelques minutes de temps de traitement sur mon simple PC. Je peux donc vendre les epub de mon livre et faire plus de marge que si je les vendais chez Kobo. Donc le problème avec Kobo a été vite réglé, la suite d’Au Bord de l’Abîme ne sera simplement pas disponible chez eux tant que leur plateforme ne sera pas capable de faire plus que mon modeste PC.

En tout cas cette dernière phase de publication m’a pourrie la vie pendant près de dix jours, où il fallait que je retouche des choses qui étaient pourtant bonnes et surtout il fallait rester pendu à ma boite mail pour avancer, comprendre (ou pas), corriger…

À la fin je me sentais un peu comme Bear Grylls.

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