Dans l’abîme du temps — Gou Tanabe

Résumé :

« Certaines choses devraient rester cachées pour l’éternité…

En 1935, au fin fond de l’Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d’une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d’aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert…

Son monde a été chamboulé près de 30 ans plus tôt. À l’époque, il enseigne à la prestigieuse université de Miskatonic. Il mène une vie paisible, entouré de sa femme et de ses enfants… jusqu’au jour où il s’effondre en plein cours. À son réveil, personne ne le reconnaît. Il a toujours la même apparence, mais semble avoir perdu la raison ! Il parle un dialecte inconnu et se comporte comme un étranger. Pire, il se prend de passion pour les sciences occultes, allant même jusqu’à se plonger dans l’étude du Necronomicon, ouvrage maudit entre tous… »

Fiche technique :

Adaptation et dessin : Gou Tanabe
Éditeur : Ki-oon
Pagination : 346 pages
Prix : 17 €

Ce nouveau Lovecraft par Tanabe adapte l’un des textes les plus connus du maitre de Providence. « Dans l’abîme du temps »  est, selon Lin Carter, le plus abouti des textes jamais écrits par Lovecraft. C’est aussi la nouvelle qui a le plus d’intertextualité avec le reste du mythe Cthulhu. J’ai lu il y a quelques années une traduction récente, l’histoire m’avait beaucoup plu, mais j’avais trouvé le jargon sur « l’inconcevable, l’indicible et le cyclopéen » un poil répétitif.

Bonne idée de l’auteur et de l’éditeur de publier ce livre maintenant, car, l’histoire se passe après « Les montagnes hallucinées » et y est connectée. On suit ici 25 ans de la vie de Nathaniel Peaslee professeur en économie à l’université Miskatonic qui « revient à lui » après cinq années (1908-1913) où il a été frappé d’une forme de folie, il n’était plus lui-même, étudiait l’occulte et les civilisations anciennes et a fait quelques trucs bizarres. Lorsqu’il redevient lui-même, il n’a plus que son fils cadet. Sa femme et l’ainé ont refait leur vie loin de l’étrange Nathaniel. Ce dernier tente de reprendre le cours de sa vie, mais il se met rapidement à faire des rêves très étranges. Ces rêves sont en fait des souvenirs de lorsqu’il habitait le corps d’un membre de la Grande Race de Yith pendant que son propre corps servait donc de vaisseau à l’un de ses êtres. Tout ceci est complètement fou, mais ces rêves lui semblent trop réels et expliqueraient ces années perdues.

On alterne alors présent et flashback pendant que notre protagoniste — assisté de son fils Wingate — tente de comprendre ce qu’il lui est arrivé.

Finalement en 1934, après que Nathaniel Peaslee ait publié ses recherches sur ce qu’il lui est arrivé, un chercheur australien le contacte, car il a découvert d’étranges ruines dans le désert du centre de l’Australie. Ces ruines, d’une civilisation inconnue, ressemblent à celles que Peaslee a décrites. L’université Miskatonic accepte de monter une expédition. Dans cette dernière on retrouve le professeur William Dyer déjà rencontré dans « Les montagnes hallucinées » et qui se doute un peu du genre de chose qu’il pourrait rencontrer.

J’arrête là pour ce qui est de divulguer l’intrigue. C’est en tout cas très bien adapté d’un point de vue textuel. Ce livre est un peu plus dense que les deux tomes des « Montagnes hallucinées », moins contemplatifs, plus bavards. Il est d’ailleurs dommage que les bulles n’aient pas de queues, car cela entraine le risque de voir les lecteurs se mélanger les pinceaux dans les dialogues. Les deux cents premières pages alternent entre la vie de Peaslee à Arkham et les flashbacks durant lesquels Tanabe semble se faire plaisir en donnant vie aux cités cyclopéennes imaginées par Lovecraft. D’ailleurs la façon que l’auteur a de gérer les niveaux de gris et textures avec des trames ultrafines est bluffante. Tant par le rendu que par la quantité de travail que cela a dû demander. Niveau créatures, le design des Yith respecte les canons établis par d’autres dessinateurs (pro comme amateur), par contre Tanabe semble s’être lâché sur le design du polype. Un design qui n’a rien de commun avec les autres versions que je lui connais et qui est franchement assez dément. Les visages un peu trop figés qui m’avaient gêné dans « les montagnes hallucinées » sont toujours présents (c’est le style de l’auteur), mais c’est moins gênant dans ce tome, car les visages n’étant pas couverts par des tenues polaires sont plus différenciables. En tout cas après cette lecture, ce qui est sûr c’est que Gou Tanabe est fait pour dessiner de la SF et du Fantastique. Gros coup de cœur sur la couverture du Necronomicon version Tanabe est qui est juste génial.

Niveaux éditions, on retrouve une couverture en similicuir toujours aussi classe, mais grise cette fois-ci. Ce qui donne un côté « moins cuir » que sur dans « les Montagnes hallucinées », mais il faut bien distinguer les livres les uns des autres. Le livre commence par 3 pages en couleurs, mais seule la troisième m’a paru valoir le coup.

La prochaine adaptation que nous livrerons Tanabe et Ki-oon sera « La couleur tombée du Ciel ». Ce qui est sûr c’est qu’après deux histoires et 3 tomes de haute volée cette série d’adaptations est vraiment un chouette moyen de découvrir ou redécouvrir l’univers de Cthulhu. On a ici à faire à plus qu’un simple manga, on est sur du haut de gamme en terme artistique comme éditorial. Je n’ai jamais vu un dessin de mangaka aussi poussé et travaillé (notamment, car le manga classique ayant un rythme de parution élevé, les auteurs doivent dessiner vite). Je n’ai jamais vu un manga de ce gabarit avec ce genre de couverture.

Si vous voulez vous faire un deuxième avis, L’étagère imaginaire m’a devancé de quelques jours.

2 commentaires sur “Dans l’abîme du temps — Gou Tanabe

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