Little Boy – Christopher Balaskas

Pour cette première mise en avant de 2020, je vais vous parler d’une illustration dont je voulais parler depuis longtemps (j’ai trainé, comme pour ma chronique de WWZ). Cette illustration je la connais depuis sa publication sur DeviantArt en 2015 et y jette régulièrement un œil tant je la trouve à la fois superbement réalisée et terrifiante. Je peux l’exploré durant de longues minutes à chaque fois tant elle est saisissante et détaillé.

Cette illustration c’est Little Boy de Christopher Balaskas.

L’ambiance apocalyptique et la gestion de luminosité sont incroyablement réussite, car malgré l’espace globalement sombre les détails ne manquent pas. L’horreur est juste saisissante et terrifiante avec ce mort ambulant encore fumant. Et aussi quelques autres qu’on aperçoit, fantomatique, à gauche de l’illustration et les flammèches infernales. Le niveau de détail est juste bluffant sur chacun des plans y compris le Dôme de Genbaku pile au centre du dernier plan qui reste un symbole fort de ce que fut le bombardement nucléaire d’Hiroshima. Le dernier détail frappant c’est le titre de l’œuvre : Little Boy. Référence au jeune garçon témoin de l’horreur et aussi le nom de l’arme destructrice larguée sur Hiroshima.

Christopher Balaskas est un illustrateur et concept artist vivant à Jamestown dans l’état de New York aux États-Unis. Je vous livre la traduction française de sa présentation de l’illustration :

« Une œuvre personnelle basée sur l’histoire semi-autobiographique de Keiji Nakazawa, qui a survécu à l’attaque atomique sur Hiroshima, au Japon. C’est dans cette scène que le personnage principal, “Gen”, 6 ans, voit pour la première fois une des victimes horriblement blessées et commence à saisir l’ampleur de l’incident. L’apparence de la victime est basée sur les récits des témoins oculaires, de Nakazawa et du Dr Shuntaro Hida qui décrivent l’état de personnes ayant subi des blessures massives mortelles et traumatisantes, mais qui ont réussi à vivre pendant une courte période, dans certains cas en marchant plusieurs kilomètres avant de mourir.

J’ai trouvé ce livre sur l’étagère de mon école primaire et ses images graphiques se sont gravées dans ma mémoire. Maintenant que je suis assez mature pour comprendre la véritable horreur et l’étendue de la souffrance, c’est encore plus troublant.

Le titre fait référence à la fois au jeune Gen et au nom de l’arme déclenchée ce jour-là. »

Comme vous l’avez lu, Balaskas rend hommage au manga « Gen d’Hiroshima » (Hadashi no Gen, littéralement Gen le va-nu-pieds d’où la version anglophone Barefoot Gen) de Keiji Nakazawa. L’histoire retrace le parcours de la famille Nakaoka à Hiroshima, du printemps 1945 au printemps 1953 en se centrant sur le bombardement atomique du 6 août 1945. L’histoire est basée sur la propre expérience de l’auteur, survivant du bombardement où il a perdu son père, sa sœur et son frère cadet. Nakazawa commence son histoire en montrant comment la famille de Gen est discriminée par ses voisins à cause du pacifisme de son père et de son opposition à la politique impériale.

Nakazawa couvre plusieurs années après Hiroshima afin de montrer les conséquences sur le long terme comme les maladies mortelles dues aux rayonnements radioactifs. Il insiste également sur les traumatismes de la société japonaise : rejet social des victimes de la bombe qui symbolise la défaite pour les Japonais, famines et pauvreté entrainant marché noir, criminalité organisée des yakuzas et orphelins délinquants. Il critique vivement l’impérialisme et l’aveuglement des militaires, des entreprises et de l’empereur qui ont conduit à la guerre. Il s’attaque également à l’occupation américaine : étudiant comme des cobayes les victimes de la bombe (Hibakusha), censurant les informations au sujet des conséquences de l’explosion…

Cette œuvre est souvent comparée à Maus d’Art Spiegelman, consacrée au génocide juif. Spiegelman a d’ailleurs préfacé l’édition américaine de Gen et a affirmé avoir été extrêmement marqué par l’œuvre de Nakazawa.

Le manga a été adapté en animé dans les années 1980, comme le manga, l’animé a prit un sacré coup de vieux sur le plan visuel. Cette adaptation diffère du manga sur plusieurs points, d’abord le sort de certains personnages, mais aussi le ton qui est moins politique et plus axé sur l’horreur et la tragédie. La scène de l’explosion nucléaire bien qu’ayant très mal vieillit visuellement en reste saisissante d’horreur. Je ne peux m’empêcher de l’imaginer avec le graphisme saisissant de l’illustration de Christopher Balaskas.

Âmes sensibles s’abstenir .

J’ai d’ailleurs moi-même rendu un hommage à l’œuvre de Nakazawa dans le Cycle 2 d’Au Bord de l’Abîme, mais par écrit. Dans mon œuvre, le Japon n’a pas connu l’horreur de feu nucléaire. C’est le Vietnam, en 1978, qui sera victime de cette horreur à une échelle moindre en termes de perte civile. Dans ce monde, Nakazawa — qui n’a donc pas perdu sa famille à Hiroshima — devient quand même mangaka. Il accompagne des journalistes japonais au Vietnam et retranscrit l’horreur du quotidien des victimes des frappes des nucléaires dans un manga qui s’appelle « Sous la pluie noire » en référence aux pluies chargées de cendres radioactives, mais aussi en hommage à sa première œuvre sur le sujet « Sous la pluie noire » (Kuroi ame ni utarete) qui met en scène un assassin qui tue des Américains impliqués dans les bombardements, présentés comme de sadiques expériences scientifiques in vivo.

4 commentaires sur “Little Boy – Christopher Balaskas

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