Devolution – Max Brooks

Résumé :
« Bienvenue à Greenloop, près de Seattle, petite communauté écolo privilégiée permettant à des ultra-riches de vivre au plus près de la nature, mais avec une technologie de pointe. Quand un proche volcan entre en éruption, Greenloop est soudain coupée du monde, et ses habitants jetés dans une épreuve de survie au jour le jour. Kate Holland relate dans son journal intime comment son petit coin de paradis devient un enfer, surtout quand s’abat sur les survivants un prédateur inattendu : le Bigfoot. Pour survivre, la communauté doit désapprendre tout ce que le monde moderne lui a inculqué. Entre le journal de Kate et les nombreux témoignages extérieurs, nous reconstituons une ahurissante histoire de survival horror. À la fois conte horrifique et voyage scientifique, Dévolution est une lecture intense, qui questionne le conflit entre nature et monde civilisé. »

Fiche technique :
Auteurs : Max Brooks
Éditeur : Calmann-Lévy
Pagination : 333 pages

Je vous avais déjà parlé de Max Brooks avec World War Z qui est un de mes livres cultes. L’auteur frappe à nouveau avec un livre qui reprend la forme documentaire de WWZ, mais cette fois-ci les protagonistes sont aux prises avec le Sasquatch/Bigfoot.

Le livre commence par une introduction de l’auteur/journaliste qui nous parle de l’incident de Greenloop lors d’une éruption fictive du Mont Rainier (la dernière date de 1894) dans l’état de Washington. On suit l’histoire principalement via les extraits du journal de Kate Holland qui venait de s’installer à Greenloop avec son mari dans la maison laissée libre par Jack, le frère de Kate. Le livre est entrecoupé d’extraits d’entretiens avec Jack qui pense que sa sœur est toujours vivante, et aussi d’extraits d’entretiens avec la ranger-chef Josephine Schell qui a retrouvé les ruines de Greenloop. Enfin chaque chapitre s’ouvre sur une citation liée à différents sujets tels que la primatologie, l’anthropologie…

Pour ce qui est de Greenloop il s’agit d’un écovillage planté dans la forêt près du Mont Rainier. Les maisons sont à la pointe de la technologie : domotique, panneaux solaires, batteries, recycleurs de déjections, livraison par drones (aériens ou terrestres) et bien évidemment la fibre optique. Greenloop est l’œuvre de Tony Durant (un entrepreneur à la « Musk ») et est prévu pour accueillir ceux qui en ont les moyens, généralement des citadins qui veulent quitter le stress de la ville sans perdre en confort et qui vont pouvoir télétravailler. Ces gens n’ont jamais eu à se frotter à la nature et ne sont pas forcément les mieux armés psychologiquement en cas de catastrophe. Kate par exemple est le cliché de la citadine névrosée et c’est d’ailleurs à la demande de sa psy qu’elle avait commencé à tenir le journal qui sert de source au récit.

A peine Kate et Dan auront-ils eu le temps de profiter de l’air pur et de rencontrer leurs voisins que les premiers tracas arrivent. D’abord des secousses, puis une éruption du Mont Rainier. L’éruption est basée sur les modélisations réelles de l’USGS et ses conséquences sont donc très réalistes (Puget Sound et Seattle se retrouvent coupés du reste du pays par les lahars et plusieurs petites villes ainsi que Tacoma sont raillées de la carte). À l’initiative de Tony Durant, les habitants de Greenloop ne vont pas fuir la zone pour éviter de se retrouver coincé sur les routes embouteillées, puisqu’« après tout, on a tout ce qu’il faut ici ». Tout, sauf quand les secousses volcaniques vont finir par couper la fibre. Résultat, plus de livraison par drone, plus de réseau pour appeler de l’aide. Des créatures étranges finissent par se faire entendre au bout de quelques jours et Tony Durant va tenter de rejoindre la route au volant de sa superbe Tesla avant de revenir totalement ébranler et d’annoncer que la route est coupée par un lahar, une coulée boueuse d’origine volcanique formée d’eau (des fontes de neige et de glace provoquée par le volcan), de cendres volcaniques.

Les « greenloopiens » vont progressivement prendre conscience de la menace qui pèse sur eux. Se prépare alors un match à mort entre nos citadins coupés de tout et une tribu de Sasquatch affamé chassé de leur habitat par l’éruption. Là encore l’aspect documentaire prévaut et les Sasquatch de Brooks sont terriblement plausibles. Pour l’apparence, il fait le choix de l’hypothèse de Gigantopithecus blacki. Pour le comportement tant violent que social, il s’inspire des comportements observés chez différents primates contemporains. Et quelques autres hypothèses intéressantes et plausibles sont dressées par les différents protagonistes. Sans rentrer dans le détail, cette lutte à mort va mener à l’anéantissement de Greenloop et de nombre de ses habitants, puisqu’à la fin on suppose que Kate (et je ne vous dirais pas qui d’autre) est la seule survivante potentielle (d’où son journal).

Le livre démarre doucement, mais à chaque chapitre la tension monte d’au moins un cran, le récit devient chaque fois plus prenant au point que j’ai lu le dernier tiers d’une traite. Les personnages évoluent incroyablement, mais de manière variée. Kate et Dan, au contact de Mostar (la seule prête à faire face dès le début) vont se transformer en survivants. Les Durant, clichés de « coolitude et beaugossitée » vont s’effondrer dramatiquement. Pour survivre jusqu’au bout face aux HSV (hommes sauvages velus), les derniers survivants vont devoir revenir à la survie pure, à la violence primitive et donc opérer une véritable dévolution (d’où le titre).

Attention, le livre est violent, brutal et gore, mais ce n’est jamais gratuit et surtout bien retranscrit. Ça prend aux tripes, notamment parce que Kate et Dan, qui sont initialement des clichés de citadins névrosés difficilement supportables, vont opérer une vraie transformation qui va nous les rendre beaucoup plus attachants et qu’on va avoir envie de les voir survivre. C’est aussi assez savoureux (et je soupçonne Brooks de régler des comptes) de voir les Durant perdre la face, perdre le contrôle et s’effondrer à un point que vous n’imaginez même pas. À travers les témoignages on découvre aussi un peu le monde dans lequel se passe l’histoire : le POTUS n’est jamais nommé, mais est vraisemblablement Trump (il en prend pour son grade et gère visiblement cette crise aussi bien que celle du COVID-19) et à cause de la catastrophe et des émeutes et pillages qui l’accompagne, la Maison-Blanche se retrouve à rappeler ses troupes déployées (tenez-vous bien) au Venezuela !

Comme pour World War Z, le style journalistique et la plume de Brooks font merveille. On croit vraiment lire un journal et des témoignages. Il n’y a pas de tentative de faire de la grande littérature stylée. C’est franc, direct et plausible. Une vraie réussite.

Chose rigolote, l’idée d’origine vient d’un script que Max Brooks aurait initialement écrit pour un film qui ne s’est pas fait. Sauf que ce livre ferait une superbe minisérie (8 à 12 épisodes) sur un network comme Netflix ou HBO.

Avec Dévolution je retrouve avec un immense plaisir le Max Brooks de World War Z. Il nous livre un « survival-horror bigfootesque » brutale, prenant, plausible et sans compromis avec un dernier tiers dont il est difficile de décrocher. Sans conteste une de mes meilleures lectures de l’année.

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