En direct du Golgotha — Gore Vidal

Résumé :
« Nous sommes à Thessalonique en 96 après J.-C., lorsque d’étranges personnages font irruption dans la vie de Timothée, évêque de Macédoine, ex-secrétaire et petit ami de Saint Paul. Ils le pressent d’écrire sa version de l’Histoire sainte, car, loin dans le futur, un cyberpunk, appelé le Pirate, est en train de falsifier ou d’effacer toutes les bandes et tous les volumes contenant les Évangiles ; seul celui de Timothée serait à l’abri du terrifiant virus informatique. Simultanément, grâce à l’intervention de nouveaux logiciels, une équipe de techniciens de NBC s’apprête à remonter le temps pour filmer la Crucifixion en direct du Golgotha. Sous la plume de Timothée, le lecteur ahuri découvre un Saint Paul bonimenteur et homosexuel, inventeur des claquettes et du rap, un Saint-Jacques résolument plus juif que chrétien, un Jésus obèse et boulimique… »

Fiche technique :
Auteurs : Gore Vidal
Éditeur : Rivages
Pagination : 282 pages

Gore Vidal, né Eugene Louis Vidal, était un romancier, acteur, scénariste et essayiste américain, auteur pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Merci Wikipédia. Pour ma part le nom me disait quelque chose, mais je ne pense pas m’être frotté à une de ces œuvres avant. Je ne sais plus comment et pourquoi « En direct du Golgotha » a fini sur ma PAL, mais j’ai décidé de mettre mes vacances à profit pour lire ce livre relativement court (282 pages format poche) et qui semblait plutôt léger. « En direct du Golgotha » est une parodie irrévérencieuse et satyrique du Nouveau Testament, racontée du point de vue de saint Timothée qui voyage avec Saint Paul. Contacté, par un gars venu du futur à travers une télévision elle-même envoyée à travers le temps, Timothée et Paul affrontent un mystérieux hacker venu du futur qui efface toute trace (sur des bandes) du christianisme. Il est aussi prévu que Timothée remonte dans le temps avec la technologie du futur pour assurer la présentation de la Crucifixion de Jésus sur le Golgotha en direct sur NBC (Nuclear Broadcasting Corporation, filiale de General Electric).

Disons-le clairement, je pense que je ne suis pas le public de ce livre. L’aspect parodie irrévérencieuse et satyrique ne m’a pas du tout parlé que ce soit sur l’aspect religieux (irrévérencieuse envers les chrétiens et les juifs) ou sur celui de la critique de la société moderne, du monde de la télévision, les délires « New-Age »… Il y a aussi un problème de ton dans la narration que nous fait Timothée. Abreuvé de télévision, par « la Sony » qui lui a été envoyée du futur, le langage du saint est très moderne, du moins autant qu’il puisse l’être pour un livre écrit en 1992. Le problème est que lorsque le récit de Timothée fait parler les autres personnages, là aussi le langage est « moderne », Timothée étant souvent surnommé « Timmy » ou « Timmychoux », ce qui est totalement anachronique en plus de ne rien apporter. Sur l’aspect irrévérencieux, ça passe surtout par le sexe et la sodomie. Timothée est longtemps le « trou » de Paul le Tarse, qui sodomise tout ce qui bouge (rien dans « les textes » n’évoque, à ma connaissance, que l’un ou l’autre était homosexuel). Timothée se tape lui aussi tout ce qu’il peut, il se fait même « prendre le cul » par l’Empereur Néron en personne (rien dans « les textes » n’évoque que Timothée ou Paul aient rencontré Néron. Timothée est-il seulement allé à Rome ?). Bref, je ne sais pas pour les autres, mais moi ce n’est pas mon humour.

Au niveau historico-science-fictif, Timothée doit donc écrire un Évangile, car les autres ont été effacés dans le futur, modifiant massivement l’histoire du christianisme qui risque de disparaitre dans ce futur. Timothée reçoit régulièrement des visites holographiques du futur, puis plus tard même des visites physiques. Il ne faut rien attendre de l’aspect science-fictif du livre, tout au plus respecte-t-il la logique des altérations temporelles rétroactives, mais cela rend le récit très brouillon. Brouillon de par la façon dont le récit est déroulé par l’auteur, on a du mal à se situer dans le temps, certains évènements s’enchainent très bizarrement, mais en plus la temporalité au fil de l’eau est altérée par des visiteurs du futur. Entre ça, et le manque d’intérêt des péripéties de Timothée et Paul, les deux premiers tiers du livre sont assez inintéressants et même assez indigestes.

Dans le dernier tiers du livre, l’intérêt remonte, car il y a enfin des révélations, des twists, l’histoire se décante et un vrai intérêt historico-uchronique apparait. Alerte spoiler pour le reste du paragraphe. Un sioniste convaincu venu du futur est venu altérer le passé. C’est Juda qui est mort sur la croix alors que Jésus est parti vivre dans le futur où il est devenu un informaticien de génie (le fameux pirate), sioniste extrémiste qui va déclencher l’apocalypse nucléaire en 2001 (je rappelle que le livre date de 1992, donc 2001 c’était le futur), époque plus favorable puisqu’Israël y est un état indépendant disposant de l’arme nucléaire. Bref, le point uchronique intéressant est : Et si depuis le début, Jésus de Nazareth, roi des juifs, avait été un extrémiste voulant expulser Rome de Palestine pour fonder un Royaume d’Israël ? Et si les apôtres et Jacques avaient (pour certains) été complices de cela, mais dupés (pour certains) ? Et d’ailleurs si Juda est ressuscité trois jours après la crucifixion, n’est-il donc pas le vrai fils de Dieu ? L’idée d’un Jésus extrémiste et terroriste est tentante d’un point de vue uchronique et avait déjà été exploité dans le tome 15 de la série de BD Jour-J « La Secte de Nazareth » ou la « Secte du Poisson » est un peu une sorte d’Al Qaeda de l’an 33.

Fin des spoilers. Comme je l’ai dit, le dernier tiers est plus vif et percutant et plein de potentiel. Problème, la fin est scandaleusement abrupte. On n’assiste même pas à la crucifixion « En direct du Golgotha », puis on a le droit à un micro épilogue de quelques pages au court duquel on comprend que rien ne s’est passé comme prévu et que le christianisme est malgré tout altéré, mais dans une version différente de tout ce que le livre nous laisser penser jusque-là.

Pour faire simple, « En direct du Golgotha » était peut-être irrévérencieux et satyrique à l’époque de sa sortie ou peut-être que je n’ai pas l’humour qu’il faut pour apprécier cet aspect du travail de Gore Vidal. L’essentiel du livre m’est passé au-dessus de la tête. Le ton, le style et l’humour ne me parlent pas. Il n’y a aucune immersivité historique. Seul le potentiel uchronique apporté par les révélations du dernier tiers aura su m’intéresser. Heureusement, c’était une lecture détente pour les vacances, car je ne serais probablement pas allé au bout de ma lecture dans d’autres circonstances.

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