Sous d’autres soleils — Mike Resnick

Résumé :
« Que ce serait-il passé si l’Afrique avait été colonisée par d’autres Occidentaux que les Anglais, les Français ou les Belges ? Si Theodore Roosevelt, par exemple, s’était lancé dans la noble mission d’apporter au Congo le savoir et les principes démocratiques américains ?
Et si l’Ouganda, décimé par le Sida, recelait en même temps le secret de la guérison de ce terrible fléau ?
Longtemps après l’extinction de l’espèce humaine, qu’est-ce que la gorge d’Olduvaï, en Tanzanie, peut avoir à apprendre à une civilisation d’outre-espace hyperévoluée venue se pencher sur ce que l’on dit être le berceau de l’humanité ?
Huit “impressions d’Afrique” dans le prolongement du cycle de Kirinyaga, le chef-d’œuvre de Mike Resnick. De la fable humaniste à la vision d’ampleur cosmique, un voyage sur un continent que l’auteur juge “plus beau, plus sauvage, plus évocateur et certainement plus dépaysant que Mars ou Proxima du Centaure”. »

Fiche technique :
Auteur : Mike Resnick
Éditeur : Flammarion
Pagination : 336 pages

L’américain Mike Resnick n’est pas forcément l’auteur le plus connu sous nos latitudes. Lauréat de nombreux prix dont le Hugo, le Nebula ou le Locus, il œuvre tant dans la forme courte que longue et a aussi dirigé plusieurs anthologies. Il œuvre principalement dans la SF (y compris l’uchronie) et s’inspire très souvent de l’Afrique, « monde Alien » pour le lecteur occidental moyen.

J’ai découvert « Sous d’autres soleils » grâce au seizième épisode de l’anthologie Apophienne. Comme d’habitude pour les recueils et anthologies je chroniquerais chacun des textes avant de livrer un verdict global sur l’ouvrage. Le livre s’ouvre sur une préface « Pourquoi l’Afrique » dans laquelle l’auteur nous explique sa fascination et son amour pour ce continent à l’histoire et la culture riche, mais peu connue. De plus, chacune des nouvelles s’ouvrent d’abord par une courte présentation du texte par l’auteur lui-même. J’aime toujours quand un auteur prend le temps de se livrer un peu sur son travail et son inspiration.

Le Dieu pâle

Dans ce texte de seulement deux pages, plusieurs dieux du panthéon africain, Anubis comprit, juge Le Dieu pâle accusé de différents « crimes ». Sa défense, va leur clouer le bec et les amener à se prosterner devant lui. Ce texte est une critique brillante et cinglante de la colonisation des blancs et la christianisation du continent. Arriver à un propos aussi juste en si peu de mots permet de comprendre dès le premier texte que Resnick est un auteur de grand de talent, capable de magné les mots pour ciseler des textes d’une grande justesse.

Épatant !

Dès le deuxième texte (relativement long), Resnick verse dans mon genre de prédilection : l’uchronie. Le texte commence par la présentation du célèbre Teddy Roosevelt et du beaucoup moins connu John Boyes. Le POD de cette uchronie est le suivant : et si lors de son voyage au Congo (belge) Roosevelt avait rencontré Boyes et s’était mis en tête d’arracher le pays des griffes des colonisateurs pour en faire la première nation démocratique d’Afrique. Cette uchronie très intéressante nous montre à quel point les blancs mêmes les plus bienveillants ne pourront pas « civiliser » ou « démocratiser » l’Afrique. On ne peut juste pas venir avec nos principes, même bienveillants, et les appliquer du jour au lendemain à un « autre monde ». L’Afrique a sa propre Histoire, sa propre culture, sa propre civilisation. Il suffit de voir comment les choses se sont passées en Amérique du Sud ou en Asie. En résulte un bon texte et une chouette uchronie dont j’aimerais voir l’idée exploitée sous un autre angle dans la forme longue à l’occasion.

Mwalimu et la quadrature du cercle

Encore une uchronie. Et si, lors de la guerre entre la Tanzanie et l’Ouganda d’Idi Amin Dada, Julius Kambarage Nyerere dit Mwalimu avait accepté l’invitation du dictateur ougandais à régler l’issue du conflit lors d’un combat de boxe ? Texte agréable, qui permet de retracer un peu la carrière de Julius Nyerere, grand homme d’État s’il en est, tout en le mettant en opposition avec ce que l’Afrique à fait de pire en terme de dictateur sanguinaire.

La fine équipe

Ce texte se déroule en pleine révolte des Mau Mau dans la colonie du Kenya britannique. Pour gagner la guerre, les rebelles décident d’utiliser les pouvoirs d’un sorcier pour invoquer un dieu qui leur ferait gagner la guerre. L’empire en fera tout autant. Probablement le texte le moins intéressant du livre à mes yeux, même s’il ne manque pas d’humour.

Bibi (écrit avec Susan Schwartz)

Jeremy, jeune trader américain homosexuel, ayant attrapé le VIH (mais pas encore atteint du SIDA) est allé œuvrer dans un camp de réfugiés en Ouganda. C’est pour lui une façon de chercher la rédemption. Il y œuvre auprès d’Elizabeth, d’origine ougandaise, mais élevée en occident et qui ne trouve donc pas sa place dans le pays de ses ancêtres. Certains patients du camp, préférant mettre les voiles et retourner dans la brousse, nos bons samaritains vont tenter de les retrouver. Quelle n’est pas leur surprise lorsqu’ils découvrent que l’une de leur patiente, mourante la veille, est totalement guérie. C’est là qu’ils vont entendre parler d’une guérisseuse du nom de « Bibi ». Qui est-elle ? Guérit-elle vraiment le SIDA et le VIH ? Comment ? Un très beau texte que j’ai trouvé vraiment touchant et qui parle d’un terrible fléau dont les Africains sont encore les plus grandes victimes.

L’Exil de Barnabé

Inspiré par l’histoire de Koko, la célèbre femelle gorille qui parlait le langage des signes, l’auteur nous livre l’histoire de Barnabé le Bonobo, qui dans un laboratoire va apprendre lui aussi à parler avec les signes. Raconté depuis le point de vue du primate, nous le voyons être fière de lui et de la forme d’intelligence qu’il acquière. On découvre aussi les liens forts qu’il tisse avec Sally, responsable de cette expérience. Son envie d’une vie « normale » selon les critères qu’il connait, découvrir l’extérieur, vivre avec les humains, rencontrer d’autres « Barnabé ». Mais, lorsque les financements viennent à manquer, Barnabé est réintroduit dans son « milieu naturel ». Un milieu qu’il n’a jamais connu, qui n’est pas le sien, où personne ne signe pour parler. Un texte encore une fois très touchant, où l’auteur déclenche une vraie empathie envers un animal devenu très humain.

Les Quarante-trois dynasties d’Antarès

Un texte inspiré à l’auteur par une visite en Égypte au cours de laquelle il a découvert le niveau de qualification très élevé que devaient avoir les guides pour pouvoir exercer leur métier. Niveau de culture bien plus élevé que l’immense majorité des « insupportables touristes » ayant tendance à les dévaloriser. Dans ce texte l’Égypte antique est remplacée par le monde d’Antarès qui accueillait autrefois une civilisation glorieuse avant d’être conquis par les humains. Le guide égyptien qualifié est remplacé par « Herman » un Antaréen qui l’est tout autant. Les insupportables touristes occidentaux sont remplacés par des touristes issues d’un empire galactique humain. À travers Herman on découvre une part de l’histoire riche et glorieuse d’Antarès ainsi que sa chute et l’idiotie du cliché ambulant que représente la famille de touriste (sentiment de supériorité et cynisme du père, condescendante de la mère, désintérêt de l’adolescent). Resnick parvient à nous livrer à travers ce petit texte un aperçu d’un monde à l’histoire glorieuse, riche et intéressante.

Sept vues sur la gorge d’Olduvaï

Ce texte est l’un, si ce n’est le, plus long de l’ouvrage. Et se penche sur les gorges d’Olduvaï en Tanzanie, l’un des plus importants complexes de sites préhistoriques d’Afrique. Dans un lointain futur, l’Humanité, qui avait conquis les galaxies et bâtit un empire, n’est plus. Une expédition archéologique extraterrestre se pose sur Terre pour étudier le passé de cette étrange race de conquérant à la fois violent et glorieux. « Celui-qui-voit », l’un des extraterrestres, va alors vivre le passé des objets exhumés en les « touchants ». Ses visions vont alors nous offrir un panorama de l’histoire humaine à travers les âges et permettre aux extraterrestres d’appréhender, mais pas forcément comprendre, comment de simple primate, l’Humain en est venu à dominer son monde puis des galaxies, mais aussi comment il s’est éteint. Un texte brillant avec une très bonne mécanique pour ce qui permet de revivre le passé, une superbe histoire montrant l’Humanité dans toute sa grandeur et toute son « horreur ».

Sous d’autres soleils est un superbe recueille contenant beaucoup de très bons textes et aucun qui ne me parait mauvais. L’utilisation de l’Afrique comme cadre et inspiration de ses histoires permet à Resnick de nous livrer des textes dépaysants, mais aussi pour certains assez critiques de l’occident et la colonisation. L’ensemble est très accessible et le propos de l’auteur est concis et clair, sans jamais être enrobé de passages verbeux et inutiles. Un livre brillant à placer dans toutes les mains d’amateurs de science-fiction.

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