Le Chant du loup — Antonin Baudry

Résumé :
« Chanteraide est l’une des “oreilles d’or” de la Marine nationale, les spécialistes de la guerre acoustique. Son rôle à bord des sous-marins est essentiel. Pourtant, il commet une erreur d’analyse qui met en danger tout un équipage. En cherchant à la réparer, il se retrouve pris dans un conflit majeur auquel il pourrait bien être la réponse : de ses qualités professionnelles dépend l’ultime espoir de paix mondiale. »

Fiche technique :
Réalisateur : Antonin Baudry
Scénariste : Antonin Baudry
Acteurs principaux : François Civil, Omar Sy, Mathieu Kassovitz, Reda Kateb

« Invisible et silencieux, je porte la mort. »

Alors que le film arrive bientôt sur Netflix je me suis dit que ce serait pas mal que je vous en parle plus en détail puisque je l’avais vu en salle à l’époque de sa sortie et que je l’avais déjà évoqué dans le Constellation Express #4.

Le Chant du loup est de ces films trop rares en France qui font figure de blockbuster. Les films de guerre ou d’action, surtout avec un vrai budget, ne sont pas si nombreux en France. Pour ma part, l’expérience a été renforcée par le fait que je me suis trompé de séance et que du coup j’ai été « obligé » de le voir en Dolby Cinéma. Du coup j’étais littéralement dans le son du film.

En intro de film, le SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) Titane (fictif, de la classe Rubis) doit récupérer des commandos français en mission de reconnaissance. C’est là que l’oreille d’or, Chanteraide (François Civil), détecte furtivement la signature acoustique d’un autre sous-marin non identifié. La mission manque de très mal tourner, et la hiérarchie pense que Chanteraide a déconné, halluciné.

Quelque temps plus tard, Chanteraide parvient à prouver que la signature détectée au large de la Syrie est celle d’un Timour III, classe (fictive) de sous-marins russes retirés du service depuis longtemps. En parallèle, la Russie envahit les îles Åland, territoire finlandais, et la France envoie des troupes pour repousser l’invasion, ce qui lui vaut une menace nucléaire de la part de Moscou. Par conséquent, l’amiral commandant les forces sous-marines et la force océanique stratégique (Mathieu Kassovitz) — dont l’acronyme est « ALFOST » (Amiral commandant la Force Océanique Stratégique) — promeut Grandchamp (Reda Kateb) commandant de L’Effroyable, tout dernier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE fictif) de la classe Le Triomphant et fleuron de la Marine nationale, D’Orsi (Omar Sy) devenant commandant du Titane. Chanteraide, se fait refouler de L’Effroyable juste avant embarquement, il est positif au cannabis. Il regarde L’Effroyable et le Titan prendre la mer.

Peu après, un tir nucléaire a été détecté. Ayant réussi à s’introduire dans le bunker de commandement, Chanteraide profite de la situation d’urgence et de l’absence d’oreille d’or pour être accepté dans l’équipe qui analyse l’évolution de la situation : le Timour III a lancé un missile nucléaire russe R-30, dont la trajectoire le conduit à frapper le territoire national et, une tentative d’interception ayant échoué, le président de la République française ordonne un tir de riposte. Il transmet alors les codes de lancement nucléaire à L’Effroyable qui est alors sur le point de se « diluer » dans l’océan Atlantique. Mais Chanteraide, en écoutant le tir du missile enregistré par le Saphir (classe Rubis), identifie une incohérence avec la signature habituelle d’un tel lancement, ce que le commandant du CIRA confirme : le missile est trop léger, ce qui pourrait s’expliquer par l’absence de charge nucléaire.

L’ALFOST emmène Chanteraide et le commandant du CIRA dans son bureau pour s’entretenir par téléphone avec le chef de l’état-major particulier du président de la République française qui, après un bref entretien avec les Américains, l’informe que ceux-ci ont caché une information essentielle : le Timour III a été vendu par un amiral russe renégat à des djihadistes. Ces derniers s’étant arrangés pour se faire repérer au large de la Syrie afin que le sous-marin soit réintroduit dans les bases de données acoustiques. Ainsi lorsqu’ils lanceraient le missile, l’Occident rendra Moscou responsable du tir et ripostera, entraînant une guerre nucléaire. Par conséquent, le missile ne pouvait pas embarquer de tête nucléaire, les terroristes n’ayant pas les moyens de se procurer ou de financer cet armement. Le président français donne l’ordre d’annuler le tir de riposte nucléaire. Toutefois, la procédure rend l’ordre de frappe irrévocable. L’Effroyable est a priori indétectable et, conformément à la procédure de lancement, il a coupé toutes les communications. Il ne reste qu’un seul espoir de contacter L’Effroyable : recourir au Titane, qui était chargé de l’escorter jusqu’à sa dernière position connue.

J’arrête là pour la présentation de l’histoire.

Globalement, le film est bon. Visuellement c’est plutôt réussi, notamment les scènes sous-marines (en CGI). Les sous-marins en surface sont visiblement en prise de vue réelle (merci la Marine). L’intérieur des submersibles est très fidèle et très exigu, rendant par moment l’atmosphère assez anxiogène. Le son est top, les musiques rares et peu encombrantes. Le cœur du film, le cœur de la sous-marinade c’est le son donc il n’y a quasiment pas de musique dans le film. Le travail de Sound design lors des scènes sous-marines est exceptionnel. Rien que pour ça, il faut le voir avec une bonne installation sonore (en Dolby Cinéma pour ma part). La deuxième moitié du film est à couper le souffle, sans temps mort et se conclu sur une fin loin des clichés du genre. Même si le film ne termine pas mal, il n’y a pas de happy end. La réalisation globale et les cadrages sont de qualité, c’est pourtant le premier film d’Antonin Baudry. Enfin les acteurs principaux sont franchement bons. Reda Kateb est même très bon et Mathieu Kassovitz est énorme (pourtant ce n’est pas un acteur que j’apprécie plus que ça).

Toutefois, le film n’est pas exempt de défaut. D’abord, le contexte géopolitique fictif dans un futur proche est peu crédible. En gros, prenez la situation de l’époque de l’Amérique de Trump, mais en pire. Les USA dans leurs coins, la Syrie toujours en guerre et la Russie encore plus agressive. Le problème est que dans ce contexte géopolitique un amiral russe vend à l’état islamique un SNLE (Sous-marin nucléaire lanceur d’engins) russe d’ancienne génération pour 120 millions d’Euros. Suffisamment vieux pour être sortie des bases de données digitales (mais pas des archives papier). Et là, ça coince. 120 M€ pour un SNLE quand tu peux en tirer 1Milliards ? De plus, ainsi mis aux rebus depuis au moins 10 ans, aucune chance que l’engin soit en état de prendre la mer sans gros travaux. Gros travaux qui auraient été remarqué par l’état-major ainsi que tout un tas d’autres personnes et organisme. Comment sortir un SNLE d’une base et le vendre sans que ça se voie ? En plus bien entendu, le sous-marin contient encore des missiles à bord… logique. Enfin, bien évidemment, comment des djihadistes apprennent-ils à manœuvrer comme des pros un engin d’une telle complexité ? Tout ce pan-là du scénario n’a aucune crédibilité. C’est d’autant plus dommage que le réalisateur et scénariste est un ancien diplomate et est donc supposé maitriser ces sujets. L’autre défaut (pour les connaisseurs de la chose miliaire) vient du design peu inspiré des engins militaires fictifs. Par exemple une frégate iranienne qui est un copier/coller d’un LCS Freedom américain et dont l’hélicoptère ASM est une version enlaidit du Z-10 chinois. Le paradoxe avec ces défauts qui pour moi sont assez gros, c’est qu’il n’empêche pas de profiter du film tant il est prenant. Pourquoi ? La frégate et l’hélico ne sont là que pour l’intro du film et sont secondaires à l’intrigue. Le sous-marin russe, même s’il est LE déclencheur de la machine infernale, n’est pas la clé du film.

Le Chant du loup est un film français comme j’aimerais en voir d’autres. C’est un film ambitieux et intense, globalement réussi. Une très bonne gestion du son, d’effets visuels globalement réussis, une belle brochette d’acteurs. L’ambiance « sous-marinade » est très bien rendue. Le film reste plombé par des éléments de scénario qui demande une énorme suspension d’incrédulité digne des clichés dont les films américains nous ont déjà abreuvés par le passé.

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