Constellation Express #11 : Une bonne brochette de films sud-coréens

Je vais vous présenter quelques films sud-coréens, principalement des thrillers, que j’ai adorés. Je vais vous les présenter dans l’ordre approximatif de visionnage. Comme d’habitude avec les films sud-coréens (et asiatiques en général), j’ai vu ces films en VOST et je vous recommande d’en faire autant.

J’ai rencontré le Diable

Kyung-chul est un dangereux psychopathe qui tue pour le plaisir. Il commet des meurtres en série de manière que l’on ne peut même pas imaginer. Ses victimes sont aussi bien des femmes que des enfants. La police le traque depuis un long moment, mais est incapable de l’attraper. Un jour, Joo-yeon, la fille d’un Chef de police à la retraite devient sa proie et est retrouvée morte atrocement mutilée. Son fiancé Soo-hyun, un agent des services secrets, décide de traquer le meurtrier lui-même.

Mélange de thriller et de revenge movie, « J’ai rencontré le Diable » sorti en 2010 voit son héros se transformer en prédateur puis en monstre dans le seul but d’accomplir une vengeance et de rendre une forme de justice contre un tueur qui échappe au système. Kyung-chul, proie de Soo-hyun, est vite débordé par son adversaire en quête de vengeance, mais, acculé, il va finir par échapper temporairement à la traque sans pitié dont il est la proie faisant encore plus de mal, enrageant encore plus Soo-hyun qui va finir par reprendre le contrôle de la situation et accomplir une vengeance horrible, faisant de lui un monstre. Le film est prenant, car on veut voir Soo-hyun accomplir la seule forme de justice à laquelle Kyung-chul ne pourra échapper. On sait que la vengeance, c’est mal, mais il est monstrueux et il échappe au système depuis trop longtemps. Le film de Kim Jee-woon (Le Bon, la Brute et le Cinglé) est violent et âpre, car on est témoins des crimes du tueur en série, mais aussi de la vengeance implacable de celui qui le traque. Ce qui rend le film prenant, c’est aussi qu’on se demande comment Soo-hyun va atteindre son but, qu’on le regarde aller progressivement de plus en plus loin, trop loin. La dernière scène choque, nous fait comprendre qu’il est allé bien plus loin que l’on pensait. Trop loin. J’ai rencontré le Diable, mais je suis devenu comme lui. La fin nous fait donc aussi comprendre que ce qui aurait pu être un film de vengeance tendance réactionnaire pose une vraie question.

L’ambiance est terrible, prenante, tantôt poisseuse, tantôt glaçante. Le rythme est soutenu. Les acteurs sont très bons, notamment l’excellent et célèbre Choi Min-Sik (Old Boy) dans le rôle de Kyung-chul. C’est le film qui m’a emmené à m’intéresser de plus près aux productions sud-coréennes.

Memories of Murder

Si le titre de ce film avait été traduit à sa sortie en France il se serait appelé « Souvenir du Meurtre », quelle horreur. Ce film de Bong Joon-ho (The Host, Snowpiercer, Okja, Parasite), sorti en 2003 nous raconte une histoire vraie, celle des meurtres en série de Hwaseong qui se sont déroulés entre 1986 et 1991. Un tueur en série qui viola et assassina dix femmes, dans un rayon de deux kilomètres à Hwaseong. La plus âgée des victimes avait 71 ans. La plus jeune était une écolière de 13 ans. Le meurtrier n’a jamais laissé d’indices derrière lui. Plus de trois mille suspects furent interrogés et finalement, plus de trois cent mille policiers ont été mobilisés pour l’enquête. Le tueur n’a été identifié qu’en 2019.

Le film nous replonge brillamment dans la Corée du Sud des années 1980, alors encore un régime autoritaire et retrace l’enquête menée par Park Doo-man, Seo Tae-yoo et Jo Young-goo, leurs échecs, leurs erreurs, leurs abus, les drames liés à l’enquête.

L’affaire était et étant toujours peu connue en occident, il y avait peu de chance de savoir comment se terminera ce thriller haletant et incroyablement bien écrit. Le film à tous les ingrédients d’un thriller puissant, alors qu’il est calqué sur des évènements réels et y très fidèle. Comme les enquêteurs, on est pris dans le brouillard de l’enquête on n’avance pas, comme eux on veut savoir qui commet ces crimes atroces. Le rythme tantôt lent tantôt furieux est incroyable. Les acteurs, Song Kang-ho, Kim Sang-kyeong et Kim Loi-ha en tête sont super. L’ambiance campagnarde du Hwaseong est incroyable, renforcée par l’ambiance pesante que l’on perçoit de la capitale Séoul au bord de l’insurrection à l’époque. Le film qui ne dure que 2 h 30 à cette densité folle que l’on ne trouve que dans les meilleurs bouquins. Un film incroyable, probablement l’un des meilleurs thrillers (si ce n’est le meilleur) de ces 20 dernières années. Rien que de revoir la bande-annonce pour préparer cet article me donne des frissons.

The Chaser

Ce film de Na Hong-jin (The Murderer, The Strangers…) sorti en 2008 est, lui aussi, lié à une histoire vraie puisque son méchant est inspiré du tueur en série sud-coréenne Yoo Young-cul.

Eom Joong-ho (joué par le très bon Kim Yoon-seok), un ex-flic devenu proxénète sans foi ni loi, retrouve ses talents d’enquêteur quand il apprend qu’une de « ses filles », Mi-jin, a disparu, comme trois autres avant elle. Au début, il pense qu’il a affaire à un autre proxénète qui aurait vendu « ses filles » puis il comprend que c’est plus grave. Il se lance alors dans une véritable chasse à l’homme pour retrouver Mi-Jin et faire emprisonner le tueur, Ji Young-Min (l’excellent Ha Jeong-woo), qui, arrêté à la suite d’un banal accrochage en voiture, a avoué les meurtres d’autres jeunes femmes, elles aussi, disparues. La police, incompétente, incrédule, brouillonne, ridicule, comprend malgré tout qu’elle tient un tueur en série, mais doit le relâcher à la suite d’un beau cafouillage. Jung-Ho veut d’autant plus retrouver Mi-Jin qu’il a rencontré sa fillette de 9 ans et que peu à peu il comprend le mal qu’il fait aux femmes qu’il exploite pour son business immonde.

Au-delà de son intensité folle et de son ambiance sombre et poisseuse, le film est intéressant pour le cheminement de son protagoniste. Ce dernier proxénète et ancien flic un peu désabusé va retrouver un semblant d’humanité. On partage vite sa frustration de savoir les horreurs que commet Ji Young-Min. Du coup en vient à vouloir le succès de la quête d’autojustice de Joong-ho, car on comprend que le tueur va s’en tirer s’il ne règle pas le problème.

Enfin la réalisation est super efficace, l’ambiance est incroyable dans son genre : principalement nocturne, avec une ambiance néo-noire et quelques effets de néon.

Le film a raflé une quantité astronomique de récompenses.

The Strangers/The Wailing

Un autre film de Na Hong-jin, sortie en 2016. Ce coup-ci on est dans le thriller horrifique avec quelques bonnes surprises.

Jong-goo (Kwak Do-won), policier dans la petite ville de Gok-seong, est confronté à des meurtres très violents commis par des personnes qui, après une soudaine éruption cutanée, sont soudainement prises de démence avant de devenir catatoniques. Au fil de ses investigations, la rumeur le conduit à soupçonner un Japonais (Jun Kunimura) qui vit isolé dans la forêt.

Ça c’est la partie thriller horrifique, mais elle introduit un potentiel surnaturel. En effet, si l’Hermite japonais est lié aux meurtres, une question se pose : comment ? Les Coréens ayant une histoire chargée, à juste titre, de grief à l’égard du Japon, ne voit-il pas en cet étranger un coupable idéal.

Mais la possession finie par atteindre la fille de Jong-goo qui cherche l’aide d’un chaman, Il-gwang. Une étrange jeune femme, Moo-myeong, apparait dans les environs donnant d’étranges conseils à Jong-goo, qui a du mal à admettre l’aspect surnaturel de l’affaire.

L’histoire va très, très mal terminer. On découvre la vraie nature de l’étranger, on comprend celle de Moo-myeong et on s’interroge sur celle du Chaman.

Le film est prenant, on s’identifie facilement à Jong-goo, un « Monsieur Tout-le-Monde » flic de province qui perd pied dans une histoire qui le dépasse. On a envie de le voir se sortir de cette véritable descente en enfer. Comme lui on ne veut pas croire au délire surnaturel et chamanique. Le film a une ambiance assez sombre et morne, celle de la campagne où il ne se passe rien et où il pleut à torrents. Sa fin est désespérément sombre et sans espoir. Surtout ce qui est génial c’est comment le film démarre comme un simple, mais sombre thriller avant de devenir un film purement horrifique. Malgré mon peu d’attirance pour les histoires surnaturelles, ce film m’a scotché à ma chaise pendant 2 h 30.

The Villainess

Là on est plus dans le film d’action. Un film que j’ai découvert grâce au film John Wick 3 dont la poursuite à moto est un hommage à ce film de Jeong Byeong-gil. Ici on quitte le thriller pour un gros « revenge movie » avec des scènes d’actions assez folles.

Le film s’ouvre sur une scène d’action démente en caméra à la première personne, façon « Hardcore Henry » (faudra que je vous parle de ce film un jour). C’est nerveux, violent et gore, la dernière partie de cette scène bascule dans une vue à la troisième personne (de manière brillante) jouant avec les codes des jeux vidéo. On a l’impression de quitter le « FPS » pour une scène de « QTE ». À la fin de ce massacre, l’héroïne Sook-hee (joué par Kim Ok-vin) est arrêtée par la police, mais rapidement une étrange organisation la sort de prison, pour la mettre dans une autre. Un centre qui transforme les femmes en tueuses et autant dire que Sook-hee à un sacré potentiel. Toutefois, elle ne veut pas jouer le jeu tente même de s’enfuir, mais on lui annonce qu’elle est enceinte. Le marché qu’on lui propose est simple : mettre ses talents au service de l’organisation pendant quelques années pour ensuite mener d’une vie paisible et l’abri du besoin avec sa fille à naitre. On découvre progressivement, via des flashbacks en parallèle de sa formation, ses motivations : le meurtre sauvage de son père, sa quête de vengeance sous l’aile de Lee Joong-sang qui finira lui aussi assassiné.

On rentre alors dans le petit ventre mou du film, alors que Sook-hee (devenue Chae Yeon-soo) et sa fille démarrent une vie normale dans laquelle la jeune femme est comédienne de théâtre. Elle se rapproche de son charmant voisin, qui prétend être veuf (comme elle). Ce voisin, Jung Hyun-soo est en fait membre de l’organisation qui emploie Sook-hee. On rentre dans la partie romance un peu gnangnan du film : ils se rapprochent, tombent amoureux, se marient. Mais le jour du mariage, Sook-hee est chargé d’un assassinat. Dans la lunette de son fusil, le visage de la cible lui parait familier : on dirait Joong-sang, son défunt protecteur et amant.

L’action reprend de plus belle, Joong-sang souhaitant faire le ménage de ce passé encombrant que représente Sook-hee. Comme cette dernière on découvre à quel point elle a été manipulée toute sa vie, passant de victime à pion de Joong-sang, puis de l’organisation. Mais quand son ancien amant s’en prend à la famille de Sook-hee, il déclenche une tempête qui va l’emporter. Le film se terminant dans une longue séquence d’action nerveuse, démente, sanglant et brutal.

L’action dans ce film est assez folle. Moins chorégraphiée que dans un « John Wick », mais plus brutale et crue. La gestion de la caméra dans les scènes d’action est assez folle et pioche dans les codes du jeu vidéo, collant à l’héroïne, dansant autour d’elle. Le personnage de Sook-hee est assez exaltant dans son genre. Lorsqu’elle joue son rôle de mère et comédienne, elle donne l’impression d’une petite chose fragile. En revanche, dès qu’elle « part en guerre » elle a un côté habité, enragé. Le costume-design, son maquillage et sa coiffure renforcent largement cet aspect-là du personnage lui donnant une beauté et un charisme bien particulier. On regrettera deux choses dans ce film. D’abord le milieu, avec la phase de romance jouant avec les codes sud-coréens du genre, rendant cette partie gnangnan. Enfin côté casting, même si les acteurs sont bons, on regrettera qu’il n’y ait quasiment que des canons de beauté, Kim Ok-vin étant celle qui a le physique le moins « cliché », contrairement au film chroniqué plus haut, où les acteurs ont des physiques plus conventionnels.

The Villainess n’est pas un chef-d’œuvre du cinéma, mais il reste un film de qualité qui vaut le coup d’œil juste pour ses scènes d’actions et la gestion de la caméra qui va avec, ainsi que son héroïne attachante et charismatique.

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