Gannibal — Masaaki Ninomiya (Tomes 1 à 3)

Résumé du tome 1 :
« Daigo Agawa, policier de son état, a été détaché à Kuge, un village de montagne reculé. Bien que la communauté l’accueille chaleureusement, lui et sa famille, la mort d’une vieille villageoise fait jaillir des doutes quant à la normalité de ce lieu… Une série d’évènements étranges, le sentiment d’exclusion, une tension permanente… Découvrez tous les tourments de ce village empreint d’ostracisme, dans un thriller riche en suspense. »

Résumé du tome 2 :
« “Ma fille m’a vu tuer quelqu’un.” Le policier Daigo Agawa suspecte des cas de cannibalisme à Kuge, village de montagne reculé où il a été détaché. Cependant, son enquête le forcera à faire face à son propre passé. Qu’a-t-il bien pu se passer entre lui et sa fille ? S’épanouira-t-elle dans ce village paisible…? »

Résumé du tome 3 :
« “Il y a trop d’enfants mort-nés dans ce village.” Bien que conscient de la part d’ombre du village, Daigo tente de s’adapter à sa nouvelle vie. Cependant, de nombreux habitants commencent à délier leurs langues. Une femme en particulier lui raconte la vérité sur l’enlèvement de son nourrisson… »  

Fiche technique :
Scénario et dessin : Masaaki Ninomiya
Éditeur : Meian
Pagination : un peu plus de 200 pages par tomes

Un manga dont j’entends et lis le plus grand bien depuis plusieurs mois maintenant. Il y a quelques semaines, j’ai décidé d’attaquer la série en achetant tous les tomes parus à cette date (8), mais le tome 1 était en rupture, il a donc fallu que j’attende sa réimpression pour pouvoir commencer ma lecture.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’adore les histoires de cannibalisme, mais cela reste un sujet que je trouve intéressant tant sur sa réalité historique et ethnologique que ce qu’elle offre parfois en fiction. Ce n’est pas pour rien que j’ai écrit la novella « Au-delà de la Rivière Noire » dans l’univers d’Au Bord de l’Abîme. À une autre époque et dans d’autres cultures, le cannibalisme pouvait être une nécessité. Dans le monde moderne, il est interdit à peu près partout, mais cela n’empêche pas de voir des affaires sordides surgir de temps en temps. C’est précisément ce qui rend le sujet intéressant à mes yeux, et c’est peu ou prou l’angle d’attaque que Masaaki Ninomiya a choisi pour Gannibal.

Avant même de commencer la lecture, j’ai trouvé les couvertures superbes. Elles sont intrigantes, horrifiques et inquiétantes. Les illustrations, très belles, sont accompagnées d’un titre rouge sang avec un vernis sélectif du plus bel effet. Je n’en attendais pas tant de la part d’une petite maison d’édition. Je pense d’ailleurs que Meian a réussi un très beau coup sur le marché en chopant les droits de Gannibal. Il ne fait aucun doute que c’est un succès critique, et j’ai l’impression que c’est aussi un succès commercial.

On s’en doute avec le titre, le résumé du premier tome ainsi que les premières pages : « Les habitants de ce village sont des cannibales ». On le sait donc d’emblée, mais tout le problème pour Daigo Agawa est de savoir si c’est vrai et au-delà de l’intime conviction, de pouvoir le prouver. D’autant que l’auteur est malin, ce n’est pas tous les habitants du village qui sont cannibales et une famille en particulier, le clan Gotō. Et si Daigo Agawa a pris le poste de policier du village, c’est parce que lui aussi a des choses à cacher. De la même manière, on pourrait se dire qu’il y a les « méchants Gotō » et les « gentils villageois », mais Masaaki Ninomiya est plus malin que ça et évite les clichés manichéens. Les « Gotō sont cannibales », mais le sont-ils tous ? Certains semblent plus dangereux que d’autres quand il s’agît de « protéger le clan ». Les autres villageois, sont loin d’êtres des anges, et le lien des villageois lambdas avec le clan Gotō parais plus compliqué qu’on ne le pense, d’autant que le clan régnait sur ces terres depuis l’époque féodale avant les réformes agraires de l’après-guerre. La question du cannibalisme est évoquée sous l’angle historique et ethnologique, qui prouve l’intérêt sincère de l’auteur pour le sujet. De plus, l’acte cannibale en lui-même est peu montré dans les pages, le peu de fois où on le voit c’est dans les témoignages/souvenirs de certaines personnes qui tentent d’informer Daigo Agawa. Ce dernier, comme le lecteur, a donc l’intime conviction que les Gotō  sont cannibales, mais n’en n’est pas témoins et n’en a pas la preuve pour le moment. Le rythme de la narration est haletant, avec des cliffhangers (plus ou moins forts) à la fin de chaque chapitre et tome. Tout cela crée avec brio l’ambiance malaisante dans laquelle Daigo et sa famille baignent, l’étrangeté du village, l’horreur qu’il semble cacher. Bref, le traitement du sujet, l’efficacité de la narration font de ce manga une vraie claque.

Sur le plan visuel, on est clairement dans le haut du panier de production manga. Déjà avec l’illustration de couverture en couleur directe absolument superbe, mais aussi avec les pages intérieurs de très grande qualité. Avant de continuer sur les pages intérieures, j’aimerais aussi parler des quatrièmes de couverture, là aussi en couleur directe, mais en contraste complet avec de sombres couvertures horrifiques. On nous y montre, de manière lumineuse et colorée, les moments de bonheur de la famille Agawa et c’est une très bonne idée. Pour en revenir aux pages intérieures, là encore, c’est une énorme réussite. Le dessin de Masaaki Ninomiya est ultra-détaillé et très réaliste. Les visages et le design des personnages s’éloignent pas mal de ce que j’ai tendance à croiser en manga. Par exemple, les visages me font penser à du franco-belge réaliste, même si la patte manga reste présente. Le traitement graphique des personnages féminins reste assez éloigné de ce que j’ai parfois croisé ailleurs. L’auteur n’est pas tombé dans le cliché que l’on voit de temps en temps ailleurs où toutes les nanas ont un physique de bimbo. Certes, Yuki, la femme de Daigo, est très belle, mais le design garde une certaine normalité, même si, comme le dit Daigo lui-même, elle a « de gros seins ». Yuki n’est pas le seul personnage au physique plaisant, mais pour les autres personnages, c’est différent. Il y a aussi des personnages féminins au physique plus banal voir un peu « masculin » forger par la vie dans la campagne reculée ou du fait de l’héritage génétique. Ce traitement visuel est aussi présent chez les personnages masculins et cette égalité de traitement de character design fait plaisir à voir. Il y a aussi un sacré travail sur les décors, tant naturel que plus ou moins urbain, qui sont d’un détail et d’un réalisme qui achève de garantir une immersion totale. En plus de son coup de crayon/pinceau, j’aime beaucoup la façon dont Masaaki Ninomiya gère ses ombrages et textures, avec assez peu de hachurage et un tramage d’une grande finesse et qui tape juste.

Yuki Agawa et sa fille Mashiro.

En conclusion, avec ces trois premiers tomes (sur treize) Masaaki Ninomiya m’a totalement accroché tant par la qualité d’écriture et de traitement que par un superbe travail graphique. Il évite de tomber dans les clichés manichéens, traite le cannibalisme sous l’angle historique et ethnographique, questionne au passage la notion de normalité et d’acceptation. Les récits sont haletants, les tomes se lisent en apnée totale. Gannibal est bien parti pour être de ces séries qu’on relira d’une traite.

P.S: La chronique des tomes 4 à 6 arrive très bientôt.

Besoin d’autres avis? La chronique du tome 1 par Blondin sur L’étagère imaginaire, pareil mais chez Le domaine manga de dadan et chez Cultures Passion.

2 commentaires sur “Gannibal — Masaaki Ninomiya (Tomes 1 à 3)

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