Tempête rouge — Tom Clancy

Résumé :
« Quand les intégristes musulmans font sauter un complexe pétrolier soviétique vital, rendant catastrophique une pénurie de pétrole déjà inquiétante, les Soviétiques estiment qu’ils n’ont pas le choix. Pour survivre, ils doivent s’emparer du pétrole du golfe Persique, tout en trouvant un moyen d’éviter des représailles de l’OTAN. Et ils le trouvent : un plan magistral de ruse diplomatique et d’entraînement militaire accéléré pour dérouter l’Ouest… et le préparer au K.O. Au fil des semaines, nous voyons se déployer la brillante stratégie soviétique, les rumeurs courir, l’Occident se battre les flancs. Clancy fait monter la tension, cran par cran, jusqu’au point de rupture… et alors le roman explose avec toute la fureur des forces armées soviétiques qui déferlent en Europe et dans l’Atlantique Nord. L’Occident se trouve tout à coup plongé dans une guerre brûlante… et peut-être l’ultime bataille pour le contrôle du globe. »

Fiche technique :
Auteur : Tom Clancy
Éditeur : Albin Michel/Livre de poche

J’ai profité de quelques jours de vraies vacances pour me relire ce classique du technothriller et de la fiction militaire. C’est un livre que j’ai découvert sur le tard, en 2001, après avoir lu « L’Ours et le Dragon » qui était mon premier Clancy. Je pense que cette relecture estivale est ma troisième lecture de ce livre. Si ce dernier était à l’époque une anticipation, on pourrait presque le lire comme une uchronie a posteriori. Il suffirait de remplacer les leaders militaires et politiques fictifs par leurs contreparties du monde réel. Si Clancy prend le temps de créditer Larry Bond (retrouvez ma chronique de Red Phoenix), le nom de ce dernier ne figure pas sur la couverture, mais il a beaucoup aidé l’auteur.

L’histoire débute par une phase de mise en place faisant vivre aux premières loges l’attaque de la raffinerie en Azerbaïdjan. Ensuite, via l’un des membres du Politburo on découvre l’impact monumental sur l’économie soviétique. De peur que l’OTAN découvre et exploite cette faiblesse, l’URSS va alors se lancer dans une terrible aventure militaire. Le but est de neutraliser l’OTAN en Allemagne pour ensuite s’emparer des réserves du Moyen-Orient. L’URSS via le KGB se lance alors dans une série de maskirovkas pour se faire passer pour l’agressé. Côté OTAN on nous présente plusieurs personnages, dont trois officiers de l’US Navy qui vont jouer un rôle vital dans le conflit, chacun dans leurs spécialités : renseignement, guerre sous-marine, guerre maritime. D’autres personnages nous permettront de vivre le conflit de plusieurs points de vue tant du côté de l’OTAN que de l’URSS. Certains reviennent de manière récurrente tout au long du livre, de manière plus ou moins fréquente, d’autres ne sont exploités que le temps d’un chapitre. Les personnages récurrents sont plutôt bien caractérisés et agréables à suivre. Ce qui est intéressant, c’est qu’on a aussi le point de vue soviétique tant au niveau politique que militaire.

D’ailleurs ce point de vue soviétique est très intéressant, car il n’est pas manichéen. Le général Alexeyv nous permet de découvrir le point de vue d’un militaire qui ne se fait pas trop d’illusion quant aux membres du Politburo, même si quoi qu’il arrive, il servira sa patrie. Le ministre de l’Énergie Sergetov nous permet de découvrir que tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde au sein du Politburo. Les deux points de vue sont liés par le fils de Sergetov, aide de camp d’Alexeyv et nous permet de voir comment les jeux de factions, les mensonges et manipulations au sein de l’appareil politique, militaire et du renseignement ont mené l’URSS sur la voie de la guerre avec la certitude de l’emporter rapidement.

Les points de vue nous permettent de suivre la guerre terrestre, aérienne et maritime à travers, l’Allemagne, l’Atlantique, la mer de Barents, la mer de Norvège, l’Islande… C’est dépaysant et rythmé. Une fois que les hostilités sont lancées, on a juste plus le temps de souffler. Il y a des moments de bravoure, des accidents, des drames. Les « héros » de chaque camp n’en sortent pas indemne et sont parfois transformés par le conflit et le choix qu’ils doivent faire.

Aussi, l’aspect service de renseignement est très intéressant. On voit comment les manigances politiques en URSS parasitent la qualité et la transmission des renseignements, menant à des erreurs. À l’opposé, libre de tout parasitage politique, les officiers de renseignement de l’OTAN anticipent certaines actions des Soviétiques, mais cela ne les empêche pas de passer à côté de certains trucs importants ou de ne pas savoir quoi faire de certaines informations.

La fin sur laquelle je donnerais peu de détails est franchement bien amenée et moins manichéenne et clichée qu’on pourrait s’y attendre pour un livre écrit dans les années 80. Pourtant, ce n’est, à l’époque, que le deuxième livre de tome Clancy. Avec une légère mise à jour, le livre mériterait d’être ressortie, surtout vue le contexte international. Son rythme se prêterait aussi très bien à une adaptation en série TV.

On prête à Clancy et ses différents livres des propriétés quasi prophétiques : attentat du 11 septembre 2001, Guerre en Ukraine… Si je ne m’étalais pas en analyse, ses « prédictions » sont surfaites et Tempête rouge ne fait pas exception à la règle. L’anecdote veut que l’avion F-19A Ghostrider, jouant un rôle déterminant dans la guerre aérienne, soit une anticipation par Clancy du célèbre bombardier tactique et furtif F-117. En réalité, l’auteur n’a rien inventé puisque les rumeurs sur un avion furtif circulaient dans la presse aéronautique de l’époque. Ainsi Testor et Monogram avaient sorti des maquettes du F-19 en se basant sur ces rumeurs. La description de l’appareil dans le livre de Clancy reprend les informations qui circulaient à l’époque et qu’on retrouvera dans les maquettes, mais ne correspond en rien au F-117. C’est d’autant plus « rigolo » que le F-117 était déjà en service depuis 3 ans lors de la sortie du livre, mais personne n’en savait rien tant le secret était bien gardé. Cela n’enlève rien aux qualités du livre, et s’il y avait une réédition, une légère réécriture pour remplacer les F-19 pour F-117 aurait parfaitement fait illusion.

La question d’une éventuelle réédition me permet d’enchainer sur le seul vrai défaut du livre, sa traduction. La VF a été réimprimée un nombre incalculable de fois, ma version poche est un tirage datant de 2007 basée sur une traduction qui n’a pas bougé depuis 1990. Je ne vais pas jeter la pierre à la traductrice de l’époque, car le livre utilise beaucoup de jargon technique et militaire dont on n’avait pas forcément les traductions à l’époque. Dans certains cas, à moins d’être passionné par ces sujets, il était facile de faire une erreur. L’anglais n’était alors pas aussi répandu que maintenant et on ne pouvait pas encore s’appuyer sur internet. Seulement, je ne comprends pas que la traduction n’ait pas été révisée depuis.

Malgré le temps qui passe, Tempête rouge reste à mes yeux une référence dans les catégories technothriller et fiction militaire. En dehors de sa traduction datée, le livre a bien vieilli et est beaucoup moins manichéen qu’on pourrait le craindre pour un roman de ce genre et même de la part de Clancy, dont ce livre reste l’un des meilleurs. Il arrive à nous faire aimer ces personnages sans passer des heures à nous les décrire, nous plonge dans une action haletante, immersive et plausible, parfois tragique. Ce livre a été « imité » plusieurs fois, a inspiré beaucoup d’histoires du même genre, mais je n’en ai pas encore lu qui soit aussi équilibré. Ainsi, plus de trente après sa sortie, c’est un livre que je continue de recommander.

P.S : sur une thématique similaire, mais sous forme d’uchronie pure, je vous oriente vers ma chronique de Northern Fury si vous lisez l’anglais. En français, sous forme d’anticipation, vous pouvez jeter un œil à ma chronique de La Guerre planétaire.

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