Inspecteur Kurokōchi — Takashi Nagasaki et Kōji Kōno (23 tomes)

Résumé :
« Keita Kurokōchi est un membre de la 2ème brigade d’investigation chargée des affaires d’escroquerie, de corruption, de fraudes électorales ou financières qui impliquent naturellement des personnes très haut placées (politiciens, hommes d’affaires, ou hauts fonctionnaires). Utilisant les informations de ses enquêtes pour faire chanter ces personnes importantes, Kurokōchi accumule tout au long de sa carrière une grande fortune. Considéré comme le “pire officier de la police” du fait de sa corruption flagrante, il est cependant intouchable de toutes attaques judiciaires, car il possède des secrets pouvant faire tomber de nombreuses figures politiques ou financières, y compris parmi les supérieurs de la police. Son quotidien change lorsqu’on lui assigne comme équipier le jeune Shingo Seike, fraîchement sorti des bancs de l’université, idéaliste et incorruptible. Ce dernier va, au contact de l’inspecteur, se rendre compte que la fin justifie les moyens et que pour coincer les criminels en col blanc, il faut parfois jouer au plus pourri ! »

Fiche technique :
Scénariste : Takashi Nagasaki
Dessinateur : Kōji Kōno
Éditeur : Komikku Éditions

Voilà un manga dont j’ai envie de parler depuis la création du blog, mais j’ai attendu la fin de la publication pour le faire. J’ai découvert Kurokōchi au hasard de mes recherches pour un scénario en lien avec un certain nombre d’affaires criminelles japonaises telles que le casse des 300 millions de yens, de l’incident Shimoyama, de l’affaire Teigin, de l’affaire Kusaka Jirō, ou de l’affaire Glico-Morinaga. Lors de mes recherches, j’ai découvert que toutes ces affaires, assez peu connues et documentées en occident, faisaient toutes parties de l’univers de ce manga. Les 13 premiers tomes étant disponible en occasion au moment de ma découverte je me suis plongé dedans. J’ai dévoré ces 13 tomes en trois jours et me suis ensuite retrouvé à guetter les 10 tomes suivants comme un mort de faim.

Niveau scénario, les lecteurs assidus de manga auront déjà entendu parler de Takashi Nagasaki auteur de quelques-uns des meilleurs mangas ces 25 dernières années : Master Keaton, Monster, Billy Bat et même King of Eden dont je vous ai déjà parlé ici. Dans ce manga on commence par découvrir un flic qui semble pourri jusqu’à la moelle, mais qui en même temps est assez marrant tant il fait preuve d’un certain détachement envers les délits qu’il commet. Lorsqu’on lui colle l’idéaliste Seike dans les pattes, deux mondes se confrontent, le jeune inspecteur est censé enquêter pour le faire tomber, mais Kurokōchi n’en a littéralement rien à foutre. Zéro inquiétude quant au risque de tomber. Surtout Seike va vite comprendre qu’il y a bien pire que Kurokōchi. Ce dernier est-il un mal nécessaire ? Seike restera-t-il éternellement un parangon de vertu ? L’histoire nous emmène sur la piste d’une conspiration criminelle et politique datant de l’après-guerre et qui infecte profondément le monde politique japonais. Une conspiration liée à de nombreuses affaires criminelles et qui a aussi couté la vie au père de Seike lui-même policier. Mais cette conspiration prend de l’ampleur, quand Kurokōchi et Seike découvrent qu’elle risque de plonger la nation dans le chaos en portant au pouvoir un politicien véreux, meurtrier et fasciste. Je ne peux pas plonger dans le détail sans risquer de gâcher le plaisir de la lecture, mais vraiment je suis resté scotché tout au long des 23 tomes, alors même que je n’aime pas les séries qui s’étalent sur de trop nombreux tomes. Ici c’est sans temps mort, il n’y a pas de tome dispensable, c’est palpitant de bout en bout le tout avec une série qui comporte assez peu d’action. Car, oui Kurokōchi est une série d’intrigue et d’enquête, c’est donc bien ces dernières qui tiennent le lecteur en haleine, grâce à une intrigue finement construite et soutenue par une qualité d’écriture des dialogues phénoménale. De plus malgré des thèmes sérieux et plutôt sombre le manga ne manque pas d’humour, surtout grâce à son personnage principal. Humour, certes, noir, corrosif et cynique, mais que j’ai beaucoup aimé. Takashi Nagasaki s’inspire d’un certain nombre d’affaires criminelles réelles et même de théories de la conspiration propre au Japon, mais qui pourraient bien être vraies, pour bâtir une vaste trame politico-criminelle riche en surprises. Les personnages sont un vrai régal allant de Kurokōchi la vraie-fausse ordure de première au politicien totalement démoniaque en passant par un Seike idéaliste qui va voir chacune de ses convictions remises en cause ou voler en éclat. On regrettera seulement que l’auteur se soit embêté à modifier ou cacher les noms des personnages réels, mais on fera avec. Nagasaki aura même réussi à me surprendre jusqu’à la dernière page tant sur le but initial de la conspiration que sa conclusion ainsi que les motivations de l’antihéros.

Côté dessin, Kōji Kōno est assez peu connu et à ma connaissance Kurokōchi n’est que le deuxième manga sur lequel il travaille. Cela ne l’empêche pas d’être hyper talentueux. Les décors sont réalistes et richement détaillés, mais toujours parfaitement lisibles. Les quelques scènes gores sont d’une redoutable efficacité en termes de mise en scène qui montre ce qu’il faut sans trop en faire. Le découpage est souvent redoutable et il y a des plans d’une qualité franchement très élevés, et ce tout au long des 23 tomes. Ce qui est génial c’est le travail sur les visages. Kurokōchi fait des tronches d’enfer par certains moments et le travail de Kōno fait merveille sur ce point pour souligner le côté tantôt roublard tantôt déterminé de l’inspecteur. Il en va de même pour sa Némésis tout aussi comédien que lui, allant du politicien lisse à la plus perverse des raclures de bidet que la terre ait porté. Les autres personnages ne sont pas en restes avec chacun un traitement digne de leur personnalité : Seike froid et déterminé, un assassin totalement placide, des politiciens embarrassés… Kōji Kōno donne de la gueule à ses personnages et c’est un vrai régal.

Pour résumé, Inspecteur Kurokōchi est un petit bijou de manga et j’espère que Komikku nous fera découvrir d’autres pépites de manga de ce niveau. D’autant que ce seinen est assez loin de ce qui est généralement offert au grand public. Tout ici est super, l’intrigue, les personnages, les dialogues et le dessin. Je vous recommande plus que chaudement ce manga.

Pour en voir un peu plus je vous invite à découvrir l’avis du « Chef Otaku » ci-dessous. Spolier : il est plutôt d’accord avec moi.

2 commentaires sur “Inspecteur Kurokōchi — Takashi Nagasaki et Kōji Kōno (23 tomes)

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