Autorité — Jeff VanderMeer

Résumé :
« Depuis trente ans, ceinturée par une frontière invisible et coupée de toute civilisation, la Zone X effraie autant qu’elle fascine. Douze expéditions, toutes tragiquement inutiles, ont été supervisées par un organisme gouvernemental tellement secret qu’il en est quasi oublié : le Rempart Sud. Fraîchement nommé à sa tête, John Rodriguez hérite d’une équipe méfiante et désespérée, d’une masse de questions, de notes secrètes et d’heures d’enregistrement particulièrement anxiogènes. Dans Autorité, les questions d’Annihilation trouvent des réponses. Loin d’être rassurantes…»

Fiche technique :
Auteur : Jeff VanderMeer
Éditeur : Le Livre de Poche
Pagination : 408 pages

Cette chronique étant celle d’une suite, celle d’Annihilation, il y aura inévitablement quelques spoilers. Ainsi, si vous prévoyez de lire la trilogie et n’avez pas encore lu le premier tome, gardez cette chronique sous le coude pour plus tard.

Après tous les mystères rencontrés, mais pas résolus d’Annihilation, je ne savais pas trop à quoi m’attendre malgré le résumé du second tome. Il est noté que ce tome 2 à une pagination 70 % plus élevé que le tome précédent.

L’histoire démarre plusieurs semaines/mois après la « douzième » expédition que nous avons suivie dans le tome précédent. Trois survivantes de l’expédition, dont la Biologiste, ont mystérieusement refait surface avant d’être rapatriées dans les locaux du Rempart Sud. Pour rappel, cette dernière est l’agence qui surveille et tente de comprendre la zone X. Rappelez-vous aussi que les protagonistes de l’expédition n’étaient alors connus que par leur fonction au sein de celle-ci. Quant aux survivantes, sont-elles, comme les rares autres revenants de la zone, des « copies », faute de meilleure définition ? Pourtant la biologiste, si elle n’est pas l’original, n’est pas non plus comme les « copies » habituelles. Enfin, le public n’a pas connaissance de l’étrangeté de la Zone X, c’est pour le public juste une zone interdite depuis trente ans suite à une « catastrophe environnementale ».

Dans le même temps, John Rodriguez, qui sera appelé « Control » presque tout le long du livre, doit prendre le relais de la directrice qui a disparu. On découvre assez vite que la directrice est aussi la psychologue de la douzième expédition, dont elle n’est pas revenue et, vu ce qui semblait lui arriver dans le tome précédent, cela n’a rien d’étonnant. Ce qu’on découvre aussi c’est qu’il y a un jeu de factions au sein du renseignement américain autour du Rempart Sud et que Control en est un instrument, pour ne pas dire un pion. Control vient d’une « famille d’espion ». Son grand-père maternel et sa mère ont, eux aussi, travaillé pour le milieu du renseignement. Central parais avoir quelques coups d’avance et fait aussi pas mal de contingence et quand, comme Control, nous allons découvrir qui se cache derrière Central le mystère ne sera pas forcément plus simple à comprendre.

Autorité est tout aussi étrange qu’Annihilation, mais pas de la même manière. Il a notamment la particularité de ne pas du tout se dérouler dans la Zone X. comme l’a dit Jeff VanderMeer : « Si Annihilation est une expédition dans la Zone X, alors Autorité est une expédition dans le Rempart Sud, l’agence qui envoie les expéditions. » On suit donc Control qui tente de comprendre les rouages de l’agence, de comprendre ce que son personnel sait vraiment de la Zone X, d’essayer de comprendre le mystère de celle-ci. Le tout en rendant compte au mystérieux Central.

« Il était là pour résoudre un problème, d’une certaine manière, mais il avait l’impression que c’était le problème qui commençait à le résoudre, lui. »

Ce livre me laisse penser que Jeff VanderMeer ne nous livrera jamais les secrets de sa Zone X. On assiste à l’impuissance et la frustration du Rempart Sud dans sa tentative de percer les mystères de la zone, à la même impuissance et la frustration de Control qui malgré son nom de code peine à comprendre ou contrôler quoi que ce soit. Frustration et impuissance qui affectent donc tout autant le lecteur qui n’a pas accès à plus que ce que les protagonistes voient, entendent, disent, découvrent ou supposent. Tout ce que l’on découvre c’est plus de mystère, de bizarrerie et d’incompréhension. Pour ma part, j’ai lu ce livre par petite touche de quelques dizaines de pages par jours, juste pour voir si mon subconscient me révèlerait quelques choses. Il faut en effet faire attention aux signes et détails, car certains peuvent se révéler importants et nous permettre de mieux comprendre cette façon de nous parler de la directrice-psychologue presque comme des personnes différentes. De même pour les rêves étranges que fait Control.

« Faire confiance à un mot comme frontière avait été une erreur, un piège. Un lent effilochage de termes dont on ne s’apercevait pas à temps. »

Le rythme aussi est très étrange. Les trois quarts du livre, couvrant les premiers jours de Control au Rempart Sud, sont riches en petits évènements et discussions qui, comme je le disais, rajoute plus de mystère et d’étrange qu’autre chose. Et dans le dernier quart du livre, alors que Control comprend enfin certains éléments, de grosses révélations tombent. Le tout dans une atmosphère tellement étrange qu’elle en devient malaisante. Ensuite le rythme explose avant de conclure le tome sur un énorme cliffhanger.

J’ai trouvé ce livre franchement prenant, par son étrangeté et le malaise qu’il installe parfois, même si le rythme des deux premiers tiers du livre est assez étrange. Je l’ai trouvé aussi étrangement frustrant et bluffant. Comme les protagonistes, je suis frustré, car notre nature humaine fait que l’on veut comprendre, mais on réalise que la Zone X est un mystère qui ne peut pas, voir ne veux pas, être résolu tant elle est « autre ». Le bluffant vient de l’étrangeté de cette Zone, de ces origines toujours non identifiées, de son effet sur la nature, y compris sur les humains et ceux qui en ressortent, parfois. J’ai hâte de me frotter au dernier tome « Acceptation » pour conclure cette étrange expérience littéraire que nous offre Jeff VanderMeer.

L’avis de Célinedanaë Au Pays de Cave Trolls.

2 commentaires sur “Autorité — Jeff VanderMeer

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