Red Phoenix – Larry Bond (VO)

Résumé :

« De violentes émeutes provoquées par des agents étrangers éclatent en Corée du Sud. Saisissant l’occasion, la Corée du Nord lance une invasion éclair, avec un soutien soviétique important, dont l’objectif est d’unir le Nord et le Sud sous le régime communiste. La deuxième guerre de Corée a commencé et la troisième guerre mondiale pourrait être imminente. »

Fiche technique :

Auteur : Larry Bond
Éditeur : Futura
Pagination : 791 pages (version poche)
Prix : quelques euros d’occasion

J’ai découvert ce livre un peu par hasard. En fait la possibilité d’une deuxième guerre de Corée est une possibilité uchronique qui m’intéresse et je prévois même d’écrire sur le sujet un jour. Là, je me suis rendu compte que je ne connaissais aucun livre de fiction sur le sujet. J’ai donc simplement demandé quelle était la meilleure fiction et on m’a répondu unanimement : Red Phoenix.

Ce livre est écrit par Larry Bond, un personnage qui ne m’est pas inconnu. Il est le créateur de la célèbre série de wargames « Harpoon » et a collaboré à « Tempête rouge » qui reste probablement le meilleur livre de Tom Clancy. En fait, je ne savais juste pas que Bond était romancier. D’ailleurs aucun de ses livres n’a été traduit en Français.

Sortie en 1989, Red Phoenix est un livre d’anticipation dépeignant des années 1990 où l’URSS est toujours debout et où la Corée du Nord prépare la guerre. Du coup, ce livre peut se lire comme une uchronie a posteriori.

Le livre s’ouvre sur quelques cartes de la zone du conflit et un dramatis personae qui n’est pas indispensable, car le travail de description des lieux, situations stratégiques et la caractérisation des personnages sont bien menées tout au long du livre.

L’auteur prend son temps pour mettre tous les éléments en place, préparer le lecteur pour l’explosion du conflit qu’on sait inévitable. Mais tout l’intérêt vient du fait que d’un côté les Nord-Coréens se préparent secrètement et de plusieurs manières, et que de l’autre des carriéristes des cercles politiques américains vont indirectement faire le jeu de la dynastie Kim en poussant vers un désengagement militaire et même des mesures de rétorsion économiques contre la Corée du Sud à cause des émeutes sanglantes qui frappe Séoul. L’auteur joue sur plusieurs niveaux comme dans tout bon technothriller militaire : manœuvre politique, éléments militaires et intrigue plus personnelle. Cela a un contrecoup qui est à mes yeux le seul vrai défaut du livre : il faut 260 pages avant que la 2ème guerre de Corée éclate. Pourtant même durant ces 260 pages, il y a tout de même de très bons chapitres dont le tout premier qui nous emmène avec des soldats coréens et américains qui cherchent puis inspectent un tunnel nord-coréen qui passe sous la DMZ (la zone démilitarisée séparant les deux Corées). Les différents fils d’intrigues qui emmènent les protagonistes vers cette conflagration sont bien détaillés et franchement crédibles. Les passages sur l’histoire d’amour entre un pilote de F-16 américain et une prestataire de logistiques auprès des US Army auraient gagné à être un poil plus court pour certains, même si cette partie-là de l’intrique reste bonne et remet beaucoup d’humains dans le livre.

Tous les personnages sont intéressants, y compris ceux dans les camps communistes. Mais comme on reste dans un technothriller militaire, les personnages ne sont pas non plus des chefs-d’œuvre de développement. Ma préférence va à deux Américains : le général McLaren, fin stratège qui reste très humain malgré sa position de commandant des forces américaines en Corée, puis le lieutenant Kevin Little qui évolue superbement de sous-officier paumé et dépassé à un gars franchement intéressant. Du côté communiste, assez peu de personnages caricaturaux (à l’exception des Kim, qui sont des caricatures vivantes) et c’est appréciable. Certains soldats nord-coréens sont même très humains, alors même qu’il aurait été facile d’en faire de robots caricaturaux exécutant les ordres d’un tyran fou. Après tout c’est souvent l’image qu’on nous donne d’eux. En fait, à part Kim Jung-Il, les leaders soviétiques qui lui fournissent armes et conseillers ainsi que George Putnam aucun personnage ne m’a paru détestable.

Au niveau des combats c’est très bien écrit. On a de nombreux points de vue : américains, nord-coréens, sud-coréens… soldats, forces spéciales, pilotes, marins. Il y a de vrais moments de bravoure, mais toujours réalistes. Quelques moments chocs aussi. La situation désespérée des soldats d’un camp puis de l’autre lorsque le conflit bascule d’un côté puis d’un autre fait qu’on a même pitié pour les envahisseurs (au moins dans les bas échelons). Il y a aussi quelques salopards, mais généralement le karma leur offre un sacré retour de bâton.

L’auteur a su me surprendre sur la conclusion du conflit tant sur le plan militaire que politique. D’ailleurs, même si j’aurais aimé en savoir un peu plus sur l’aspect politique, à chaque fois que je commençais à me dire que je n’avais pas eu de chapitre sur cet aspect-là depuis « longtemps », Bond sortait généralement un chapitre sur le sujet. Parfois très, très intéressant. Notamment dans le dernier quart du livre qui voit des renversements d’alliances (accompagné de manigances politiques) et renversement du conflit. Sur ce point-là, l’auteur arrive à berner le lecteur comme le leader nord-coréen se fait berner pas ses adversaires.

Le livre se termine sur un glossaire des équipements et acronyme assez complet, mais comme les dramatis personae, il n’est pas indispensable, car Larry Bond présente ses équipements et acronymes de manière claire et concise.

Sur le plan équipement, le livre pose quelques what-if intéressants. Notamment les capacités de l’armée nord-coréenne avec les derniers équipements de pointe de l’URSS, mais aussi la présence d’avions d’attaque au sol A-10 dans les forces aériennes coréennes.

Lu en anglais, j’ai trouvé ce livre franchement accessible notamment, car l’auteur ne se contente pas de balancer des termes techniques et du jargon. Il les explique et le reste du temps l’anglais est accessible. J’ai appris que Larry Bond avait sorti une suite/remake appelée « Red Phoenix Burning », plaçant le livre à notre époque et prenant en compte l’arsenal nucléaire de Pyongyang. Ce livre a toutefois la réputation d’être beaucoup moins bien que Red Phoenix. Par contre je comprends difficilement que ce livre n’ait pas eu de traduction française alors même que les pires livres du Ryanverse de Tom Clancy ont tous été traduits.

Bref, j’ai trouvé ce livre génial et accessible. Ce livre a 30 ans, mais reste franchement très bon. C’est à la fois un super technothriller et une superbe uchronie (a posteriori). Je recommande donc très chaudement ce livre si vous aimez ce genre et si vous lisez l’anglais. D’autant qu’il est possible de se procurer pour un prix ridicule sur le marché de l’occasion. Une de mes meilleures lectures de 2019, avec 30 ans de retard.

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