La Ligue des Écrivaines Extraordinaires : La relève — Collectif

Présentation :
« Les misérables humains ont survécu grâce à la Ligue des écrivaines extraordinaire. Vampires, créature de Frankenstein, pharaoniques momies ont échoué dans leurs projets de domination, mais la victoire est fragile. L’inconscience des hommes a réveillé les monstres du fond des âges… et elle en a créé de nouveaux.
Déchaînés par vos désirs d’asservissement, Rhan Tegoth, le peuple troll et les mutants menacent votre espèce si faible et si présomptueuse. Virginia Woolf, Selma Lagerlöf et Renée Dunan les affronteront malgré tous les dangers, malgré leurs propres tourments dans une société injuste. »

Fiche technique :
Autrices : Laurianne Gourrier, George Spad, Sushina Lagouje
Éditeur : Les saisons de l’étrange
Pagination : environ 120 pages par tome
Prix : 12 € par tome

Je vous avais parlé de la relève fin 2020 au lancement de la campagne de financement participatif. Les aléas liés au COVID et au Brexit auront compliqué un peu l’impression et les livraisons, mais je suis enfin en mesure de chroniquer les trois ouvrages qui composent cette « nouvelle saison ». D’autant plus que la relève compte le livre qui m’a fait suivre cette aventure au départ. Livre qui aurait pu faire partie de la « saison 1 » si certains paliers de financement de la première fournée avaient été atteints. Par souci de transparence, je précise donc que l’ouvrage en question « Virginia Woolf contre Rhan-Tegoth » est écrit par une autrice qui fait partie de mon cercle de contact, à savoir : Sushina Lagouje. Ce qui m’a attiré vers ce livre et donc vers la « Ligue » n’est pas qu’il est écrit par Sushina, mais que c’était une « lovecrafterie moderne ». Ceci étant dit, passons aux chroniques, dans l’ordre de ma lecture.

Selma Lagerlöf contre les trolls — Laurianne Gourrier

 « Quand Selma profite d’un congé octroyé par le pensionnat qui l’emploie, la mort affreuse d’un braconnier gâche les retrouvailles dans la maison familiale. Elle soupçonne immédiatement une origine inhumaine au crime, et la disparition de tante Maga, détentrice des secrets des peuples invisibles, n’en paraît que davantage inquiétante. En l’absence de son mentor qui lui révéla ses propres perceptions extraordinaires, Selma se résout à élucider le meurtre avec pour seule aide la présence embarrassante de Hepti, l’avorton de pierre. Une mission impossible lorsqu’elle comprend que l’appât du gain des hommes a rompu le pacte de paix avec les trolls. Impossible ? Pour une autre qu’elle, peut-être, mais ni sa hanche amoindrie ni sa condition féminine ne l’empêcheront d’affronter chasseurs et trolls pour éviter le désastre. »

Je ne connaissais pas Selma Lagerlöf, qui est pourtant la première femme à avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1909. Ses œuvres tournent autour de l’histoire et du folklore suédois, généralement dans le genre du romantisme merveilleux. L’histoire de Laurianne Gourrier se passe donc avant que la Suédoise ne soit une écrivaine à succès et fournit une explication (fictive) à sa connaissance poussée du folklore et des légendes suédoises. Du coup, de par le thème et la nature de l’héroïne, il y a une petite pointe de romantisme merveilleux, notamment dans la partie introductive du livre. L’utilisation du folklore local est bonne et ma procuré la sensation d’être en terrain légèrement connu tout en étant dépaysant. J’ai été surpris que les « gens du cirque » n’aient pas été plus utilisés. Le segment final est relativement épique (on reste sur un pulp de 120 pages), même si on verra, au moins partiellement, le dénouement venir. Une lecture agréable pour se replonger dans l’univers de la Ligue.

Renée Dunan contre les mutants — George Spad

« La Grande Guerre fait rage, le conflit mondial déchaîne les puissances industrielles et donne naissance aux technologies meurtrières de masse, la mort scientifique s’abat sur les champs de bataille. La jeune Renée a fui Avignon, sa famille et son éducation religieuse pour devenir journaliste. Dans l’enfer du nord de la France, alors qu’elle enquête sur les horreurs de la guerre, elle découvre pire encore que le char d’assaut ou le gaz moutarde : les soldats mutants. La future écrivaine aux cent pseudonymes ne renonce pourtant pas à sa vocation, décidée à convaincre sinon le monde, au moins les volontés farouches qui l’aideront à repousser la menacent d’extinction. »

Le choix d’utiliser Renée Dunan comme personnage est bien vu. L’autrice, discrète et secrète, n’a pas livré grand-chose de sa vie privée et de sa personnalité permettant de pas mal « fictionner » autour du personnage, puisqu’au moment des « faits », elle n’avait pas encore été publiée. Je ne m’attendais pas à ce que le récit invoque comme personnage actif Marie et Irène Curie. Sont aussi évoqué pour le background d’autres figures scientifiques de l’époque Constantin Tsiolkovski (scientifique russe considéré comme le père et le théoricien de la cosmonautique moderne) et Eduard Hitzig (connu pour ses travaux sur l’action du courant électrique sur le cerveau), ainsi que le fictif Cornélius Kramm tiré de « Le Mystérieux Docteur Cornélius » de Gustave Le Rouge. L’ambiance de désolation du no man’s land où se déroule l’histoire non loin du front est top. On découvre aussi Edith Cavell, dans un rôle totalement inattendu et très touchant. En tout cas, cela souligne le sérieux du travail de recherche de George Spad. Pour un pulp je ne m’attendais pas forcément à un gros effort sur ce point-là. Il y a un point qui m’a légèrement gêné, le méchant avec son nom mélange de cliché et de jeu de mot puisqu’il est nommé Dr E. Lectrod… Je trouve ça un peu gros, et les personnages n’ont pas l’air d’être plus marqués que ça par « Electrode ». Mais cela n’enlève rien à l’histoire que nous offre l’autrice.

Virginia Woolf contre Rhan-Tegoth — Sushina Lagouje

« Virginia est folle, son mari, sa famille, ses amis en sont tous convaincus. Elle aussi. Quand elle s’échappe pourtant de la maison de santé censée la soigner, elle rejoint la côte de Cornouailles où elle vécut heureuse. Hélas, un homme en noir la poursuit dans ses cauchemars éveillés et la précipite vers sa perte. C’était sans compter sur l’intervention de sa nouvelle dame de compagnie prête à l’action pour conserver son poste, que l’adversaire soit indicible ou non. Sarah n’hésitera pas à donner de sa personne afin de sauver sa patronne, et à la convaincre qu’elle est tout à fait saine d’esprit dans ce monde où rôde le mal, car Virginia seule peut l’anéantir. »

Nous voilà face au livre par lequel tout a commencé de mon côté. Le récit se situe en 1913, année lors de laquelle (Vir) Ginia Woolf est en pleine dépression, fait une tentative de suicide et a des épisodes délirants. La période « parfaite » pour intégrer l’autrice dans une ambiance lovecraftienne. Sur ce dernier point, soit Sushina Lagouje est une fan du maitre de providence, soit elle a bien fait ses recherches. En même temps, elle évite de plonger dans du lovecraftien sombre et désespéré. L’ambiance est là, mais ponctué d’humour entre Ginia et Sarah, sa « dame de compagnie » du moment (pas mal de chouettes dialogues et punchlines). Même si la conclusion n’est pas aussi désespérée que du Lovecraft, il n’y a pas de vrai happy-end. Il y a aussi plein de petits clins d’œil à d’autres œuvres. Seul point prévisible, mais que j’attendais malgré tout : la « love story », qui contribue d’ailleurs au côté mélancolique de la conclusion de l’ouvrage et qui fait aussi tout à fait sens si on prête attention à la biographie de Virginia Woolf. Le coup des « crabes dans le sac » est bien vu. Une lovecrafterie moderne rafraichissante, agréable, divertissante, pulp et pas trop sombre.

En conclusion, « la Relève » m’a permis un retour agréable dans l’univers divertissant des « écrivaines extraordinaires ». Comme la première salve de 2020, c’est sans prétention, agréable, très feuilletonnant et vraiment divertissant. À nouveau, j’ai adoré aussi les couvertures illustrées par Melchior Ascaride.

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