Diaspora – Greg Egan

Résumé :

« D’abord il y a les enchairés, ceux qui s’approchent le plus, sans doute, de ce que fut homo sapiens. Vivant au cœur des jungles terriennes et des océans, leur corps de chair et d’os est mortel, mais leur génome modifié leur assure une longévité exceptionnelle. Sur la Lune et divers astéroïdes sont les gleisners, créatures composites, androïdes, potentiellement immortels. Enfin, dans les entrailles chromées de superordinateurs au potentiel de calcul inimaginable, vivent les citoyens des polis, personnalités numérisées, libérées de toute contrainte charnelle, entre les murs intangibles de cités sans limites… Nous sommes à la fin du XXXe siècle, et l’humanité est tripartite. C’est le temps des prodiges, le temps de tous les possibles. Jusqu’à ce qu’un déluge de rayons gamma, reliquat d’une lointaine catastrophe stellaire, menace de stériliser la Terre. Sonne alors l’heure du grand départ. La Diaspora. Mais pour où ? Et comment ? Et voilà que tout à coup le temps presse… »

Fiche technique :

Auteur : Greg Egan
Éditeur : Le Bélial’
Pagination : 400 pages
Prix : 22,90 €

Pour tout amateur de SF et « Sens of wonder » qui n’est pas allergique à la Hard-SF vous devez lire ce livre. Voilà ! Fin de la Chronique.

Nan je déconne. Enfin juste sur le fait que la chronique n’est pas terminée.

Publié en 1997, ce roman est un chef d’œuvre de Hard SF dont Le Bélial » nous offre enfin une version française. Son auteur, Greg Egan, un Australien, est l’un des auteurs stars de la Hard-SF avec un bon paquet de roman et une montagne de nouvelles. Pour ma part, je ne me frotte qu’avec précaution à la Hard-SF, car il faut avoir de bonnes bases. Mais après avoir lu la chronique (en avant-première) d’Apophis, j’ai décidé de prendre le risque. En effet, ce roman est visiblement à la fois l’un des plus brillants et des plus accessibles d’Egan.

Le livre se compose de 8 parties, généralement composées de 2 à 3 chapitres, mais commençant par une prolepse. Les chapitres s’enchainent chronologiquement, c’est plus simple et pour une fois c’est tant mieux, car autant se concentrer sur le contenu qui est exigeant.

L’histoire commence au 30ème siècle sur une terre qui a bien changé et habité par une post-humanité qui se divise en trois grandes catégories :

  • Les enchairés, ces humains qui ont décidé de garder un corps biologique. Parmi eux les Statiques (des humains « normaux ») et les Exubérants qui ont eu recourt aux modifications génétiques.
  • Les habitants des Polis, humains numérisés qui sont devenus des IA, mais qui dans leurs comportement reste très humain.
  • Les gleisners, robots humanoïdes dans lesquels sont installés des IA, issue d’humains numérisés qui voulaient garder un corps physique.

Au début du livre, en 2975, les enchairés sont minoritaires et vivent sur terre en refusant tout interférence des Polis et autre gleisners. Ces derniers sont répartis dans le système solaire et la ceinture d’astéroïdes. Enfin les citoyens des Polis forment le gros des habitants.

Parmi ses trois constituantes de la post-humanité, seules les enchairés meurent encore de cause naturelle. Donc on fait déjà face une humanité qui en plus d’êtres très avancé technologiquement est en plus en partie immortelle. Au sein de cette coalition tout n’est pas rose : les enchairés se méfient des citoyens des Polis, pensant que ces derniers veulent à tout pris leur faire franchir le pas de numérisation.

L’intrigue démarre réellement lorsque les gleisners détectent les signes d’une catastrophe qui pourrait détruire toute vie biologique sur terre. Que faire des enchairés ? Comment les sauver ? Je ne répondrais pas ces deux questions.

Une fois la catastrophe passée la coalition cherche alors deux choses :

  • Comprendre la nature de la catastrophe et le risque de la voir se reproduire.
  • Essaimer à travers l’espace pour protéger la coalition. C’est la Diaspora.

Je n’en dirais pas beaucoup plus sur l’intrigue en elle-même. Il faut toutefois parler du Sens of Wonder et de l’échelle temporelle et physique absolument titanesques de cette histoire.

Le livre commence par un chapitre décrivant la naissance d’une IA. À ma connaissance c’est une première. En tout cas c’est tellement bien fait, tellement crédible. Pareil pour la « jeunesse de cette IA. On parle ensuite de lancer mille Polis à travers l’espace. De personnages qui se lancent la théorisation de moyens de produire de trous de vers praticable, quitte à bosser dessus pendant 800 ans avant de tester un prototype. Des formes de vie extraterrestre capables de ce qui à notre échelle actuelle s’apparente à des actes divins.

Les citoyens des Polis et la vie dans celle-ci sont superbement décrits, incroyables de Sens of Wonder et pourtant logique et plausible. Quel travail incroyable de l’auteur !

Il y a aussi les technologies décrites qui sont toujours crédibles. L’astrophysique, la physique des particules, la cosmologie, la génétique, l’upload de consciences, la découverte de formes de vie autres (vous pouvez oublier les ewoks, petit gris et autres conneries). À ce worldbuilding incroyable, Egan ajoute une théorie du Tout et d’autres théories scientifiques propre à son univers, mais solides et crédibles qui pourrait s’avérer vrai dans quelques millénaires. On a des trous de vers, des formes d’univers parallèles, des objets et environnements à 6 dimensions (voir plus), tout en ayant des technologies parfois à l’échelle femtométrique (10−15 mètres = 0,000 000 000 000 001 mètre). Pour ce qui est de l’échelle temporelle, le dernier chapitre daté se déroule au 86ème siècle et le dernier chapitre du livre se déroule à une distance qui n’est – je pense — même pas possible d’exprimer.

Souvent le contrecoup d’un tel Sens of Wonder est que les personnages sont peux développer. Mais ici ce n’est pas le cas. Même certains personnages qu’on ne croise que pour quelques chapitres ou de manière ponctuelle sont intéressants et travaillés. Egan a évité le cliché de l’IA qui n’est qu’une machine. Les habitants des Polis sont très humains dans leurs attentes, leurs rapports les uns aux autres, leurs peurs, leurs forces et leurs faiblesses. C’est juste l’échelle de leurs vies qui les rends si différent.

Bref, ici le Sens of Wonder va au-delà de la baffe dans la tronche. Je n’ai pas un gros bagage Hard-SF, mais c’est juste “wow” du début à la fin. La fin, d’ailleurs quelle apothéose ! Quelle démesure ! Et pourtant, au-delà de ça l’auteur questionne sur ce qui fait l’humain au-delà du corps biologique, au-delà de la physique de l’univers tel qu’on le connait. En plus Egan à la bonne idée de conclure sur un glossaire expliquant les termes propres à son univers suivit de deux pages où il cite les références et théories scientifiques réelles sur lesquelles il s’est basé.

Alors, après avoir été aussi dithyrambique, soit ce livre est parfait soit je ne vous ai pas parlé de ses défauts. Enfin tout est relatif. Ce livre a essentiellement les défauts de ses qualités. En effet bien que ce soit probablement l’une des œuvres Hard-SF les plus accessibles d’Egan, elle reste une œuvre de Hard-SF. Donc si vous n’avez jamais lu de SF, ne commencez pas par ce livre. Si vous n’avez aucune familiarité avec la science, ce livre vous sera difficile d’accès. Moi-même j’aime la science et la vulgarisation, mais je n’ai pas fait d’études scientifiques. Il a donc fallu que je m’accroche. Certains passages m’ont paru un peu longs, car j’avais du mal à tout comprendre. Mais ces passages sont restés peu nombreux. Cela dépendra de vos connaissances en la matière. Je vais finir en chipotant un peu sur le découpage de certaines parties, avec parfois un premier chapitre très court (3 pages) suivi d’un pavé de 45 pages. Pour ces deux raisons c’est un livre qu’il vaut mieux lire posé dans un endroit calme plutôt que dans les transports. Aussi, j’ai été initialement déstabilisé par l’utilisation de pronoms neutres ou non binaires (al, ill, iel). Tous simplement parce que c’est la première fois que je lis un livre qui les utilisent.

Diaspora est donc un monument de Hard-SF avec du Sens of Wonder de hautes volé à chaque chapitre. Un Sens of Wonder qui globalement est juste époustouflant et vertigineux. Diaspora reste tout de même un livre exigeant à ne pas mettre dans toutes les mains, mais il faut saluer le risque prit par Le Bélial’ à traduire et sortir un tel livre en France.

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5 commentaires sur “Diaspora – Greg Egan

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